dimanche , 25 octobre 2020

Darren Tulett (beIN SPORTS) : « J’essaye de faire voyager l’abonné tous les samedis »

Ce week-end, beIN SPORTS diffusera les plus grandes affiches du football européen lors du Big Week-End Foot. A cette occasion, MediaSportif a rencontré Darren Tulett, animateur de l’émission Champions Arena.

Comment préparer un tel week-end de football ?

Je le prépare un peu comme aujourd’hui, que ce soit Barcelone, Getafe, le Clasico, la finale de la Carabao Cup ou bien le match Juventus contre l’Inter. De toute façon nous ne pouvons pas préparer une journée différemment, que ce soit un match moins sexy ou le match le plus sexy de l’année. C’est à dire que l’on est obligé d’avoir une certaine approche, un certain sérieux par rapport à ce que l’on fait. Donc cet après-midi (entretien réalisé juste avant Barcelone – Getafe le 15 février ndlr), il y aura peut-être moins de gens que lors du Clasico, mais ce match risque d’être pas mal suivi parce que c’est une belle affiche malgré tout, il s’agit du foot espagnol et il y a toujours du monde pour regarder le Barça.

Préparer une émission, c’est un peu comme un restaurant, tu prends les ingrédients en espérant que tu vas faire un joli plat ou bien un bon gâteau après. Si tu réunis les bons ingrédients, tu te dis OK on est prêt pour faire une bonne cuisine.

Quel sera donc le dispositif spécifique du Big Week-end foot ?

Nous avons déjà commencé à travailler sur ce week-end depuis 15 jours maintenant. C’est à dire que, dans un premier temps, nous devons savoir qui va être là avec nous et qui nous pouvons avoir comme consultant. Nous avons une équipe de consultants évidemment, et parmi eux nous devons savoir ceux qui serons en plateau et qui va être sur tel ou tel match sur place. Il y a le Clasico en face, donc sur la pelouse du Real de Madrid, il y aura Sonny Anderson, ancien joueur du FC Barcelone qui est donc légitime à être présent sur cette affiche, et Marcel Desailly qui est notre Champion du Monde, notre big consultant, une star, une vedette et tout ça, qu’on adore tous. D’ailleurs lors de Champions Arena le dimanche sur beIN SPORTS 2, nous savons qu’à un moment donné, nous irons en duplex avec Madrid pour être en direct avec Alex (Alexandre Ruiz) et les consultants pour parler de cette belle affiche.

C’est donc la première décision, savoir qui fait quoi. Alexandre Ruiz sera sur place et moi ici en plateau pour assurer la continuité avec la finale à Wembley et pour le match de Serie A. Pour la finale en Angleterre, Julien Brun et Bruno Cheyrou seront « les petits veinards » qui seront à Wembley. Bruno Cheyrou connaît le football anglais car c’est un ancien joueur de Liverpool. Et nous allons avoir un invité en plateau, Anthony Le Tallec, ancien joueur de Liverpool et Sunderland. Jean-Pierre Papin sera aussi avec nous, ce qui permet d’avoir un ancien Ballon d’Or sur le plateau, car il aime beaucoup le football anglais et puis pour la suite avec le match Juve – Inter, parce qu’il a joué en Italie avec le Milan donc il connaît un petit peu le foot italien. Pour ce match italien justement, nous aurons aussi Benoît Cauet sur le plateau, il a été très facile à convaincre car c’est un ancien interiste qui était exceptionnel quand il jouait en Italie. Il suit encore le foot italien, il a notamment été coach des jeunes joueurs de l’Inter récemment, il est donc resté longtemps en Italie et connaît bien le club de l’Inter. Il a aussi joué avec Jean-Pierre Papin à Marseille.

Plus généralement, comment se déroule la recherche des invités ?

On aime toujours si c’est possible chercher des invités mais cela n’est pas toujours facile de faire venir les gens pour être sur un plateau télé. Le jeu pour nous c’est de dire que lorsque l’on invite quelqu’un, nous lui payons le transport et si nécessaire une nuit d’hôtel, mais on ne paye pas les gens pour venir une journée. Les consultants évidemment c’est un job mais un invité n’est pas payé pour venir. La recherche d’invités, c’est toujours une histoire de coups de fils. Il faut persuader les gens de venir passer un après-midi ou une soirée pour regarder et commenter un match avec nous. Donc on pense à toutes ces choses là, est-ce que les gens vont bien s’entendre pour avoir une bonne ambiance et de l’expertise sur le plateau.

Peut-on à ce propos parler d’alchimie avec vos consultants ?

Bien sûr. Un consultant attaquant, comme Sonny Anderson ou Jean-Pierre Papin, il est plus à l’aise pour parler des qualités d’un avant-centre qu’un arrière-gauche, il ne faut pas se mentir. Quand Marcel Desailly est en plateau je vais lui montrer un beau tacle à la mi-temps pour lui faire plaisir, histoire de rigoler aussi un peu.

Avez vous des contacts avec des joueurs pour des interviews ?

Nous avons lancé des pistes pour faire un entretien, un reportage sur place avec le joueur français d’Aston Villa Frédéric Guilbert, un ancien joueur de Ligue 1 à Caen et à Bordeaux. Je l’ai donc appelé personnellement pour avoir son accord. Parfois les mecs n’ont pas envie de parler, pas envie de recevoir des journalistes. Donc j’ai pris contact avec lui pour préparer ce fameux week-end, pour prendre la température et lui demander s’il était intéressé pour que l’on vienne le voir, qu’il nous donne de ses nouvelles. Certains joueurs sont plus à l’écoute que d’autres, certains en ont moins besoin que d’autres aussi. Si tu t’appelles Lionel Messi, tu n’a pas besoin d’être mis en lumière par un reportage de n’importe quelle chaîne, tu peux dire non à toutes les sollicitations parce que tu est une superstar.

D’autres, comme Frédéric Guilbert, peut-être que cela leur fait plaisir que l’on s’intéresse un peu à eux. Parce que ce n’est pas le joueur le plus connu du championnat anglais. Et pour nous c’est une bonne histoire à raconter. Comment ce joueur de Ligue 1 se retrouve à Aston Villa aujourd’hui, quelle est sa vie là-bas, quel est ce club, parce que le français moyen qui suit le football anglais de loin ne connaît pas forcément très bien Aston Villa, tout le monde ne sait pas qu’Aston Villa a été champion d’Europe, mais c’était il y a un moment maintenant. Et donc aller lui rendre visite, si on peux organiser un tournage avec lui où il nous fait un peu visiter la ville.

Parce que les clubs, malheureusement, presque tout le temps veulent te mettre dans une pièce horrible et tu as 15-20 minutes avec le joueur et une caméra, et le rendu pour l’antenne n’est pas terrible, cela donne un mec avec un fond noir triste.

Changeons de sujet, comment gérez-vous la profusion de matches que procure beIN ?

beIN SPORTS est un peu à part et agit différemment des autres groupes, qui vont faire une émission et un match qui n’a pas de concurrence parmi ses canaux, contrairement à nous il n’y a pas 3 autres matches en face, 3 tournois de tennis, 2 compètes de hand et tout ça. Nous ce sont nos abonnés qui comptent et les satisfaire est notre priorité.

Donc on se fiche de faire comme aujourd’hui à la mi-temps où je montre ce qu’il se passe ailleurs, dire « OK c’est la mi-temps ici à Barcelone, sachez que ça joue en Allemagne ». Le message subliminal, et je ne devrais pas le dire, c’est « ne regardez pas la pub, zappez sur les autres matches  pour aller voir ce qu’il se passe ailleurs ». C’est notre richesse d’avoir beaucoup de matches. Parfois on a trop de matches et nous ne pouvons pas tous les diffuser, il y a des frustrés, mais cela fait partie du travail de la semaine de choisir quel match proposer et sur quelle chaîne.

Donc nous le week-end, comme nous ferons le 1er mars, nous allons dire « OK vous êtes avec nous parce que vous aimez le football anglais, c’est la finale de la League Cup mais sachez, regardez il y a encore le match de Ligue 1 actuellement, à venir il y aura tel ou tel match ». De cette manière, tu fais voyager un petit peu l’abonné aussi.

Justement, précisez cette phrase « Faire voyager l’abonné »

Faire voyager l’abonné, c’est ce que j’essaye de faire tous les samedis, c’est le but. Toi qui n’as pas envie de sortir aujourd’hui, et cela peut arriver, nous allons d’abord vous emmener faire un petit tour en Espagne, tout à l’heure nous irons en Allemagne et pour finir nous irons en Italie. C’est cool. Personnellement, je suis obligé de rester ici (en plateau), mais vous si vous ouvrez un petit peu votre esprit, vous pouvez voyager à travers ce que l’on vous propose.

Après toutes ces années et tous ces matches de foot visionnés, est-ce toujours pour vous une vraie passion de travailler ici ?

Nous avons une chance, nous journalistes, d’exercer un métier de passion. Et si en plus on a la chance d’être à une place comme la notre… Je n’ai pas envie d’avoir l’air d’un gamin de 10 ans mais je viens au travail avec la banane tout le temps parce que c’est un job de rêve. En plus, je suis un étranger qui passe à la télé en France depuis presque 20 ans maintenant et c’est un miracle. J’attends toujours que quelqu’un vienne toquer à mon épaule pour me dire « désolé Darren il y a une erreur, tu es encore là mais viens avec moi, on va te remplacer par quelqu’un qui parle correctement le français ». Cela peut toujours arriver. C’est un métier de passion et je le vis comme tel. J’ai la chance de faire quelque chose que j’adore.

Comment vous est donc venue cette vocation ?

Déjà très jeune je m’étais dit « autant être payé pour faire ça », j’ai donc eu la chance de pouvoir faire un métier qui est mon hobby. Je passais tellement de temps à regarder le sport plus jeune. A l’époque je voulais être journaliste politique en Angleterre, c’était mon premier but ou rêve. Et puis après je me suis dit, je passe tellement de temps à regarder le sport, peut-être que je ferais mieux d’essayer de me diriger dans ce secteur là. Et comme cela je pourrais me faire payer pour regarder des trucs que j’aurai regardé pour rien à la maison de toute façon. Et en plus nous sommes payés pour faire cela ! Mais n’écrivez pas cela, car sinon mon boss va penser « mais au fait il le ferait pour rien ». Plus sérieusement, le jour où tu en as marre d’être à cette place, c’est le moment de partir. Je ferais ce métier autant qu’on me laissera l’exercer.

Durant votre carrière, quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marquées ?

J’ai la chance de parler avec des mecs comme Sonny Anderson, Jean-Pierre Papin, Marcel Desailly, et me frotter à des gens que l’on a admiré quand on les regardait jouer. J’ai d’ailleurs eu la chance d’interviewer la plupart de mes idoles, aller à Madrid interviewer Zidane, interviewer Zlatan et David Beckham dans leur période parisienne. Lorsque j’étais plus jeune à CANAL+ je faisais tous les matchs de Ligue des Champions pour faire les entretiens d’après match, j’ai donc eu l’occasion de croiser tout le monde. Arsène Wenger est un consultant beIN mais c’est aussi un de mes héros après le travail qu’il a fait à Arsenal. Tous les mois je m’assoie avec lui et nous nous entretenons pendant une heure et c’est quand même pas mal !

Après ce 1er mars, quels seront les rendez-vous à venir dans les prochaines semaines sur beIN SPORTS ?

Nous avons de bons rendez-vous à venir, nous diffuserons l’Euro durant lequel nous serons tous les jours en direct, cela va être magnifique. Ce dispositif sera similaire à celui de l’Euro 2016 et de la Coupe du Monde 2018. Mais d’ici là, les 3 championnats majeurs que nous diffusons sont super serrés, ce qui est top car rien n’est joué. La saison dernière à la mème époque, on savait déjà que la Juve et le Bayern allaient être champions. Mais cette saison est surprenante, c’est plutôt serré et c’est une bonne nouvelle pour nous. Un peu de suspense rend les fins de saison plus intéressantes. En Espagne, le Real et le Barça n’arrivent pas à se dégager du reste du championnat et nous ne pouvons pas savoir qui va être champion. En Allemagne, 4 à 5 équipes se battent pour le titre même si à la fin cela risque d’être toujours le Bayern qui sera titré. En Italie, le championnat est très serré mais peut-être qu’à la fin ce sera toujours la Juve. Et peut-être que, dans quelques années, nous regarderons ça sur une page et l’on se dira « ah ouais la Juve, le Bayern champions, comme d’habitude ». Mais d’ici là…

C’est donc un feuilleton qui est diffusé de manière hebdomadaire sur vos chaînes ?

Le mot de feuilleton est le bon mot pour décrire cela. On a cette chance là tous les week-ends dans Champions Arena de pouvoir suivre Dortmund qui est une équipe appréciée car assez spectaculaire avec un stade magnifique, le Bayern Munich, Mönchengladbach et ses joueurs français, Leipzig également. On va toujours suivre le Real Madrid, le Barça et les autres bonnes équipes espagnoles. On va toujours avoir un œil sur la Juve, l’Inter Milan, etc. N’oublions pas non plus le match de SuperLig turque diffusé chaque semaine. Suivre tout cela en même temps, vivre les meilleurs moments de tous les matches, c’est trop bien quoi !

A propos de Jérémy

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Passionné par les médias, le sport et l'économie du sport. Rédacteur depuis 2016.

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