vendredi , 15 octobre 2021

Droits TV Ligue 1 : Avec son appel d’offres, la LFP espère un miracle pour se sortir du bourbier

Journée décisive pour le football français, qui découvrira les résultats de la remise en vente des droits audiovisuels de la Ligue 1 et de la Ligue 2 abandonnés par Mediapro.

Ce matin, entre 10h et 11h59, la tension sera au maximum dans les locaux de la Ligue Nationale de Football. C’est en effet dans ce créneau horaire que les diffuseurs potentiellement intéressés pourront déposer des enveloppes contenant des offres qualitatives et quantitatives pour une partie des droits de la Ligue 1 et de la Ligue 2 sur la période allant du vendredi 5 février 2021 au 30 juin 2024.

Le casting qui défilera sous les yeux de Vincent Labrune sera particulièrement important, puisque il conditionnera la suite de la journée, avec l’ouverture des plis. L’objectif étant d’attribuer le maximum de lots possibles, et particulièrement les 3 lots comprenant 16 matchs de Ligue 1 et de Ligue 2 par journée de championnat. Or, le contexte est particulièrement défavorable pour la ligue en l’absence de favoris.

Canal+ à priori absent

La chaine cryptée a profité du mois de janvier pour adresser par voie d’huissiers ses plus beaux vœux aux clubs français. Dans un premier temps, en refusant la négociation de gré à gré et en indiquant souhaiter rendre son lot acquis auprès de beIN SPORTS. Puis, en intentant deux actions contre cet appel d’offres qu’elle estime illégal et anti concurrentiel. Une procédure civile révélée en début de semaine dernière par l’Équipe est engagée devant le tribunal de commerce de Nanterre avec une audience prévue courant février. Une saisine de l’Autorité de la Concurrence a également été réalisée, et révélée quelques jours plus tard par Le Figaro.

Ces deux procédures n’ont aucun effet suspensif, mais n’empêchent pas pour autant la chaine dirigée par Maxime Saada de candidater ce lundi. Cependant, le message affiché est celui du refus d’obstacle. Quand bien même des lots viendraient à être attribués, la justice viendra dans un deuxième temps annuler la procédure.

La volonté de Canal+ est simple : que la Ligue accepte le retour de la marchandise, et que ce lot soit remis en vente dans une procédure commune au reste des droits. En cas d’échec de la procédure, une négociation en gré à gré serait juridiquement possible. Mais le JDD croit savoir que la solution d’un second appel d’offres incluant le lot de Canal+ serait envisagée. Car le temps presse, puisque le prochain paiement est attendu ce vendredi 5 février, et ne sera probablement pas honoré. Or, la posture de fermeté de la Ligue pourrait s’expliquer par la garantie financière que constitue ce contrat, notamment pour garantir les emprunts contractés en 2020.

Le miracle viendrait du fait que Canal+ n’ait fait que bluffer, et soit bel et bien présent ce lundi parmi les diffuseurs intéressés, avec des offres économiquement cohérentes et récupère tout ou partie de la Ligue 1.

beIN SPORTS entre deux chaises

La double casquette de Nasser Al Khelahifi n’a jamais été aussi lourde à porter qu’à l’heure actuelle. Le patron de beIN Media Group et du PSG devra décider d’une stratégie nécessitant d’accorder des intérêts à priori divergents désormais.

En effet, les chaines beIN SPORTS ont fait évoluer leur modèle depuis la rentrée. Désormais, elles sont distribuées en exclusivité par le groupe Canal, qui verserait un minimum garanti de 200M€ par an qui lui permet pour la première fois en huit ans d’envisager dégager un bénéfice. Le contrat de distribution exclusive serait intimement lié à la sous-licence du lot de Ligue 1 accordée, et imposerait à beIN SPORTS de répercuter la décision de rendre le lot prise par Canal+. Or, cette décision va à l’encontre de l’intérêt des clubs, et donc du PSG.

La semaine à venir sera décisive, et en dira beaucoup quant à l’ambition qatarie en France dans les prochaines années. Il faudrait que le Qatar décide de remettre la main à la poche pour envisager voir beIN SPORTS actif au delà des attentes. Si beIN passe à l’attaque aujourd’hui, cela pourrait-être dans une certaine coordination avec Canal+, ou bien dans une posture plus offensive si les intérêts du PSG passent avant tout.

La chaine fait office de favorite pour le lot Multiplex Ligue 2 largement dans son budget, bien que la case horaire ne soit pas idéale au regard de ses grilles. Toute offre conséquente pour la Ligue 1 serait une très bonne nouvelle, signe d’une stratégie couplée avec Canal+ ou bien d’une volonté importante de l’actionnaire. Au delà, il est envisageable dans l’optique d’une reprise en main de la part de l’actionnaire de voir beIN assumer la traite de vendredi pour le lot sous-licencié à Canal+.

Amazon, ogre discret

Lorsque les communications par voie de presse se font rares, le timing n’est jamais anodin. Et c’est donc à la veille d’un appel d’offres majeur que le directeur sport d’Amazon Europe a décidé d’apparaitre dans les pages du quotidien sportif L’Équipe, pour évoquer dans une interview sa stratégie. Bien évidemment, aucun commentaire n’a été fait au sujet de l’appel d’offres en cours. Le message n’en demeure pas moins clair.

Car Amazon Prime va devenir concret pour les amateurs de sport en France cette année, avec les sessions nocturnes du tournoi de Roland Garros. Et même si la plateforme ne s’est pas intéressée aux droits de la Série A en Italie, ses récentes acquisitions autour de la Ligue des Champions en Allemagne et en Italie (1 match premium par semaine européenne sur chaque territoire) ont rappelé que le groupe disposait d’un appétit croissant.

Difficile de savoir si la construction de l’appel d’offres convient véritablement à Amazon. Cependant, l’opportunité d’obtenir des droits importants à un prix défiant toute concurrence est très belle. Sur cette consultation, seul le lot comprenant le match du dimanche soir semble taillé pour la plateforme. Mais il obligerait Jeff Bezos à casser sa tirelire.

L’invité surprise que personne n’attendait va-t-il récidiver ?

Le marché français des droits TV sportifs est devenu, depuis plus de 5 ans désormais, un feuilleton dont les rebondissements sont dignes des plus beaux soaps opéras. Le contexte de dépréciation des droits pourrait donc permettre à un invité surprise d’émerger. Si Orange aurait fermé la porte et Free est occupé dans le développement de son application d’extraits en quasi direct de la Ligue 1, la stratégie d’Altice demeure floue, alors que le désengagement progressif de ses investissements sportifs semblait acté début 2020. L’occasion qui se présente pourrait cependant donner de nouvelles envies de football à Patrick Drahi.

Il n’est pas à exclure une petite offre de Mediapro. Si celle-ci venait à tomber dans les mains du comité appel d’offres, nul doute que le jugement de la partie qualitative pourrait être rédhibitoire. Le dernier acteur actuellement présent sur notre marché est Eurosport, propriété de Discovery, mais qui ne s’est jamais positionné sur ce type de droit à très forte valeur. Nous passerons rapidement sur les propositions réalisées par les 3 principaux groupes français de télévision gratuite, France Télévisions, TF1 et M6, qui pourraient plutôt intervenir pour assurer la continuité de production et de diffusion en cas d’échec de la consultation.

Il y a enfin l’hypothèse de l’acteur inconnu du grand public qui viendrait jouer la surprise. Ce pourrait être DAZN qui dispose de la solution technique, ou bien un intermédiaire tel qu’une agence de commercialisation de droits. Le vendeur est cependant assez frileux et demandera cette année un minimum de garanties.

C’est avec cet ensemble d’ingrédients que la Ligue espère bien se sortir d’une situation terriblement complexe. Difficile cependant d’envisager une sortie de crise dès ce soir. En tout cas pas sans Canal+, dont la pression juridique et économique atteint actuellement un paroxysme, mais dont le jeu pourrait se retourner à son désavantage. Verdict à suivre dans le courant de la journée.

A propos de R.M.

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