jeudi , 22 octobre 2020

Conflit Ligue 1 / Mediapro : La LFP se retrouve dans une situation impossible

Passée la phase de sidération suite à l’annonce, en milieu de semaine dernière, du souhait de Mediapro de ne pas régler en l’état la traite de 172M€ attendue par la Ligue de Football professionnel au titre des droits audiovisuels de la Ligue 1 et de la Ligue 2, le football français entre désormais dans une crise d’ampleur.

Il est en préambule évident de souligner le fait qu’un paiement inattendu est toujours envisageable de la part de Mediapro. Il rendrait alors obsolètes l’ensemble des éléments cités par la suite. Cependant, le comportement du diffuseur, entre le 24 septembre (date de la lettre demandant un report de la créance) et le 8 octobre (date de l’interview de Jaume Roures auprès de l’Équipe où il indique souhaiter renégocier le montant du contrat), ne laisse guère de doutes quant à sa capacité à payer. En témoigne l’action en médiation intentée selon le Canard Enchainé le 29 septembre auprès du tribunal de commerce de Nanterre, pour tenter de payer différemment dans le temps la dette en question.

L’optique de toute négociation a en outre été écartée par Vincent Labrune, nouveau patron de la Ligue, à la fois suite à la lettre du 24 septembre, à la procédure judiciaire du 29 septembre, et à la médiatisation de l’impayé le 7 octobre. Outre la posture de fermeté adoptée dans une négociation engagée dès le deuxième des 24 paiements prévus sur 4 ans, une ristourne accordée à Mediapro fragiliserait nettement l’équilibre global du contrat et de la consultation. Les autres partenaires diffuseurs (Canal+, Free et beIN SPORTS) réclameraient pareillement leur dû tandis que des tiers lésés lors de l’attribution des lots détenus par Mediapro (Canal+, beIN SPORTS) seraient en droit de questionner devant la justice la sincérité d’une procédure d’attribution bafouée dès les premiers paiements.

Dès ce week-end, la ligue rase gratis !

Non, Mediapro n’obtiendra aucune remise, et donc non, Mediapro ne semble véritablement pas décidé à régler son dû dans les prochaines semaines. Pourtant, la chaine Téléfoot devrait bel et bien continuer à diffuser les rencontres, la procédure de rupture du contrat prenant un certain temps.

C’est un élément majeur soulevé par RMC en début de semaine : Le contrat permettrait à la Ligue d’en sortir après un préavis de 30 jours suivant le défaut de paiement, soit début novembre. Cependant, la radio croit surtout savoir le fait qu’une procédure de rupture du contrat serait compliquée par le droit des affaires en vigueur, adapté à la crise sanitaire par des ordonnances qui visent à protéger les entreprises en situation de faillite.

Si ces informations se confirment, les juristes de la LFP devraient attendre le début de l’année 2021 au mieux pour enclencher une rupture de contrat, qui dans un premier temps permettrait à la ligue de reprendre en main ses droits, et de les commercialiser au gré à gré pour le restant de la saison.

En conséquence, et alors qu’un versement de 172M€ doit normalement s’ajouter début décembre, Mediapro devrait dès le courant de la prochaine journée diffuser des matchs sans les avoir préalablement payé, et sans qu’un paiement rétroactif ne soit certain, surtout dans le cas ultime d’un dépôt de bilan.

Ce sont plus de 285M€ HT qui sont ici en jeu, et qui devraient être couverts à court terme par un nouveau prêt bancaire souscrit par la Ligue. Cela correspond aux deux tiers des matchs la phase aller du championnat qui restent à jouer et à payer, et qui auront effectivement lieu sans que la ligue ne puisse céder ces droits à temps à d’autres acteurs.

Un nouvel appel d’offres pour acter une sévère baisse des revenus ?

Dans un second temps, une fois le contrat rompu, la ligue pourrait donc se retrouver à commercialiser de façon sectionnée les droits de la phase retour. Cela se ferait au sein d’un marché complètement atone, affaibli par la crise sanitaire et potentiellement meurtri par un crash retentissant du projet de la chaine Téléfoot.

Le comportement de Canal+ serait forcément suivi de près, l’argentier historique du football français n’ayant pas apprécié la manière employée en 2018 pour le sortir de l’aire de jeu. Il a, entre temps, réinvesti certaines de ses billes auparavant dédiées à la Ligue 1 en faveur d’autres droits (Accord avec beIN SPORTS, Ligue des Champions 2021/2024). Même avec la plus grande volonté du monde, ses marges de manœuvre demeureront limitées, très en deçà du milliard actuel.

Il faudrait donc se tourner vers d’autres acteurs pour compléter le financement d’un football français sans Mediapro. Seule une volonté politique verrait beIN SPORTS repasser à l’offensive. Son deal avec Canal ayant fait entrer la chaine sportive dans une économie raisonnée, il faudrait l’aval de l’actionnaire qatari pour que la chaine réinvestisse à perte au sein du football français.

L’autre acteur cité est Amazon. Le géant de l’e-commerce se fait de plus en plus présent en France et en Europe, avec des acquisitions notables (Boxing Day au Royaume-Uni, Affiches de Ligue des Champions en Allemagne et Italie, Night Sessions de Roland Garros en France). Sa présence n’est pas à exclure, mais ne dépasserait pas le cadre d’un nombre limité de matchs par saison.

La dernière possibilité verrait la Ligue reprendre en main l’édition et la commercialisation directe de son produit, à l’image de la chaine CFoot lancée au moment du désengagement d’Orange. Le concept a été remis dans le débat par Jean Michel Aulas interviewé par Le Parisien, qui se verrait bien créer un « Spotify du Football » pour commercialiser en OTT et de façon segmentée le championnat (Achat au match, Abonnement par club).

Mais là encore, l’entreprise serait bien loin d’assurer les revenus assurés par les diffuseurs traditionnels. Car avant cet été, le marché français a vu, depuis 2008, les nouveaux entrants perdre plus de 3 milliards d’euros cumulés en décidant de concurrencer Canal+ sur le sport payant. Ou comment rappeler l’immense différence entre les exigences des ayants droits et la réelle capacité commerciale du produit sur notre marché. Et pour la première fois, ce sont les clubs qui risquent de la payer.

A propos de R.M.

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2 commentaires

  1. Avatar

    Ils avaient acheté les droits en 2018. Ils avaient deux ans avant août 2020. Je pense que leur objectif était de trouver durant cette période un acteur qui aurait pû acheter les droits plus chers et faire une plus-value. A mon avis, ils n’avaient jamais eu l’intention de diffuser la Ligue 1. Et quand ils se sont rendus compte que personne n’allait racheter les droits, ils ont créé une chaîne à la va-vite et acheté la co-diffusion de la Ligue des Champions pour avoir un peu plus de contenu un mois avant le lancement de la chaîne. Mais, apparemment, l’actionnaire chinois ne souhaite pas aller dans cette stratégie.

  2. Avatar

    Pour la 1ère fois, les téléspectateurs résistent. Jusqu’ici, les téléspectateurs suivaient, quel que soit le budget. Mais la perspective de payer 25€ seulement pour la Ligue 1 a joué. Et Médiapro n’est pas parvenu à compenser cette révolte, malgré sa co-diffusion de la Champions League. C’est quand même étrange qu’ils baissent pavillon dès maintenant, avant même le début de la Champions League. C’est la preuve qu’ils avaient VRAIMENT pas une tune, et qu’ils voulaient revendre. En même temps, 1 milliard pour la Ligue 1, lol !

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