lundi , 12 novembre 2018

Eric Bayle (Canal+) : « Je préfère commenter le Top 14 toutes les semaines plutôt que la Coupe du Monde tous les 4 ans »

crédit photo : Augustin Detienne

crédit photo : Augustin Detienne

L’émission « Jour de Rugy » a fêté ses 20 ans pendant tout le mois d’octobre. Emission emblématique du rugby sur Canal+, elle a depuis été complétée par d’autres émissions consacrées au ballon ovale. Rencontre avec son créateur, Eric Bayle, le Monsieur rugby de Canal+, pour évoquer la place du rugby sur la chaîne payante.

Vous avez créé et lancé Jour de Rugby il y a 20 ans. Quel est le principe de l’émission ?

Jour de Rugby a été crée sur le principe de Jour de Foot, qui a été lancé en 1992. C’est une émission de service dont le slogan était « Tous les essais de tous les matchs », et c’est toujours le même. C’est une émission destinée aux fanas du Top 14, et qui est historiquement diffusée dans la foulée des matchs. C’est une émission purement de résultats, de résumés, de réactions, agrémentés de statistiques, et qui fournit une information brute sur la Journée de championnat. Les amateurs de football ont eu dès les années 70 Téléfoot puis Jour de Foot, l’amateur de rugby n’avait pas d’équivalent. En 1998, Jour de Rugby était une petite révolution.

Quel bilan faites-vous de ces 20 ans d’émission ?

Vingt ans durant lesquels l’émission a accompagné les évolutions du championnat, il est passé de Top je-ne-sais-plus-combien à Top 16 puis à Top 14, on a épuisé un certain nombre de formes du championnat jusqu’à en arriver à l’actuelle, qui est plus lisible avec une poule unique, un premier et un dernier. L’émission n’a pas accompagné le passage au professionnalisme du rugby, c’était en 1995-1996, mais le passage d’un rugby semi-pro à un rugby professionnel aujourd’hui. Et l’installation du championnat dans le paysage audiovisuel, ce qui n’était pas du tout le cas il y a une vingtaine d’années, où le championnat de rugby n’était suivi largement que par les grands fans dans le Sud-Ouest. Aujourd’hui, c’est le championnat numéro 2 derrière la Ligue 1, sans discussion possible.

Est-ce que vous pensiez durer aussi longtemps ?

Oui, je pense qu’on a lancé une émission éternelle. On a mis beaucoup de temps à la lancer, mais une fois lancée on s’est dit qu’elle était installée pour très longtemps. La preuve, elle est encore là 20 ans plus tard.

Cette émission est-elle encore utile en 2018 avec les chaînes d’information et les réseaux sociaux ?

Il ne faut pas oublier que Jour de Rugby est une émission qui dure entre 40 et 45 minutes de résumés et de réactions sur une Journée de championnat, là où les chaînes d’information, qui n’ont pas beaucoup de droits, proposent des résumés très courts, et principalement sur la chaîne d‘information du groupe, Infosport. Depuis la création de Jour de Rugby, chaque match de championnat a droit à environ 5 minutes de résumé, ce qui est beaucoup. Là où vous allez vous sur une chaîne d’information 1 minute 30 avec des résumés de 5 ou 6 matchs, sur Canal+ vous voyez les résumés de tous les matchs, c’est une émission entièrement consacrée au rugby. Stade 2, qui fait partie des références, est une émission de 52 minutes qui parle de tous les sports. Pour les amateurs de rugby, ils ne vont pas échanger un baril de Jour de Rugby contre 10 barils de chaînes d’information, pour reprendre un vieux slogan publicitaire.

Dernièrement c’est Guilhem Garrigues qui anime Jour de Rugby, que pensez-vous de sa prestation ?

Guilhem Garrigues est un excellent journaliste qui baigne dans le rugby depuis très longtemps, et qui est bien dans la tonalité de l’émission. Il apporte une bonhomie, une empathie, un petit air malicieux qui est dans le droit fil de l’historique de Jour de Rugby.

Vous avez lancé le Canal Rugby Club il y a 3 ans, quelle est la promesse de cette émission ?

De la même manière que Jour de Foot et le Canal Football Club ne sont pas les mêmes émissions, le Canal Rugby Club est autre chose que Jour de Rugby. Le Canal Rugby Club est une émission qui mélange des débats avec des consultants en plateau et une approche plus magazine, plus spectaculaire de la Journée de championnat. On a une journée en plus pour préparer les résumés, qui sont plus travaillés et plus racontés. Au-delà de la simple actualité du championnat, on fait du magazine et du reportage. Il y a 2 Canal Rugby Club, un premier en crypté avant le match de 16h50 et un en clair après le match. La partie est clair c’est la vitrine du Top 14, c’est une démarche très forte du groupe Canal+, ce sont les stars internationales qui jouent, ce sont les joueurs français qui se révèlent que l’on fait découvrir au public à travers des portraits. C’est une dimension plus magazine, il y a beaucoup plus d’humeur, ce n’est pas du tout le même style de plateau et de sujets, et si vous regardez Jour de Rugby et le Canal Rugby Club, ce n’est pas la même émission.

Parler de rugby en clair le dimanche sur Canal+ c’était nécessaire ?

C’était nécessaire pour nous de tenir cette promesse qu’on avait faite à la Ligue et qui suivait celle qu’on avait faite sur le foot. Le championnat de France de rugby encore une grosse capacité de développement, et pour le développer il faut atteindre un public qui ne va pas forcément regarder les matchs ou s’intéresser aux résultats sportifs, mais qui peut être attiré par l’atmosphère, l’ambiance et la qualité des images du rugby, sans être pour autant spécialisé. Le Canal Rugby Club s’adresse à un public plus large que Jour de Rugby et que les matchs diffusés sur Canal+, et c’est pour ça qu’on cherche à en tirer le meilleur du Top 14 en 40 minutes d’émission pour donner envie aux gens de s’intéresser à ce championnat.

Vous avez fait un choix fort pour animer le Canal Rugby Club, avec Isabelle Ithurburu accompagnée de Sébastien Chabal. Pourquoi ce choix ?

Isabelle Ithurburu, en interne, était un choix incontestable, elle s’est révélée sur le rugby à partir de la Coupe du Monde 2011, elle est montée en puissance en passant par la présentation de Jour de Rugby, elle a montré tout de suite des qualités journalistiques d’animatrice exceptionnelles et a obtenue une popularité dans le milieu du rugby assez impressionnante. C’était logique que ce soit elle. Et comme le but de l’émission était de toucher le grand public, Sébastien Chabal venait de prendre sa retraite, c’était le joueur français de rugby le plus connu du grand public, il n’a pas sa langue dans sa poche ou dans sa barbe, ça faisait une association assez détonante qui a plus nos téléspectateurs de manière assez rapide.

Comment vous partagez les contenus entre Jour de Rugby et Canal Rugby Club ?

Dans le Canal Rugby Club, vous allez avoir le meilleur moment de chaque match, on ne raconte pas le match. C’est dans Jour de Rugby où vous pouvez voir des actions qui ne mènent pas à un essai, des occasions ou des pénalités. Dans le Canal Rugby Club il n’y a que les essais, et plus de place pour les débats et la partie magazine. Ce ne sont pas forcément les mêmes journalistes qui travaillent sur les 2 émissions. Pour Jour de Rugby, ce sont les journalistes qui commentent les matchs du jour qui font les résumés factuels dans la foulée. Pour les affiches fortes de la journée, on envoie des reporters qui ont pour mission de ramener pour le Canal Rugby Club un reportage anglé sur la rencontre qu’ils suivent. Ça demande d’énormes moyens humains tous les weekends sur tous les matchs du Top 14 pour assurer les directs, Jour de Rugby et les reportages du Canal Rugby Club.

Sur Canal+ Sport vous avez également le Late Rugby Club le jeudi soir, après le match de Pro D2, comment cette émission s’insère dans l’offre rugby du groupe Canal+ ?

Elle sert à faire patienter nos abonnés en milieu de semaine, parce qu’on a remarqué que 7 jours d’écart entre 2 émissions c’était beaucoup trop long. Le Late Rugby Club c’est une émission plus spécialisée qui complète la soirée rugby du jeudi avec la meilleure affiche de Pro D2, c’est une émission de décryptage à la fois de thèmes spécialistes, techniques ou tactiques, ou de thèmes d’actualité qui suscitent le débat. Elle est articulée autour de 4 gros thèmes partagés avec les consultants qui y participent. C’est une émission aussi qui donne satisfaction aux abonnés parce qu’ils sont très friands de séquences vintage, et qu’on s’amuse à revisiter chaque jeudi un vieux match de l’histoire du rugby sur Canal+. C’est une émission avec des rubriques, « Le Vidéoclub » dont je viens de parler, « Le bonus track » qui est un petit montage de toutes les discussions entre joueurs, arbitres et bord de terrain que l’on entend pas forcément lors des résumés des matchs. Et ensuite ce sont les débats, et c’est tous les jeudi soir, même sans match de Pro D2 en direct avant.

Vous avez d’autres projets d’émission ?

À court terme, non, je pense qu’on fait convenablement le tour de la question avec ces 3 émissions. On est parti il y a 20 ans d’une seule émission de rugby, un peu miraculeuse pour les amateurs de rugby, on en avait rêvé et on a réussi à la faire, et en 1998 il n’y avait qu’un seul match de rugby diffusé par week-end de championnat. Vingt ans plus tard, on est à 7 matchs diffusés par Journée et 3 émissions, on a fait un bon chemin.

Quelle est la place du rugby dans le groupe Canal+ ?

C’est l’un des tous principaux piliers de la diffusion du sport sur Canal+, il y a quelques années j’aurais dit que c’était le deuxième pilier derrière le foot, aujourd’hui on a rajouté la Formule 1, ce sont les 3 grands piliers du sport sur Canal+. La place du rugby n’a cessé d’augmenter depuis 20 ans, le temps d’antenne est colossal, je dirais qu’il y a plus de rugby que de foot. On a maintenant 5 créneaux de match : le samedi en début d’après-midi, le multiplex de 18h et le match du soir à 20h45, et le dimanche à 12h30 et 17h, sans compter les émissions. En temps d’antenne on ne doit pas être loin d’être le numéro 1.

Vous êtes satisfait de la case du dimanche à 12h30 ?

Extrêmement, oui, c’est une case destinée aux fans, qui n’offre jamais les plus belles affiches de la Journée mais qui a trouvé un public impressionnant. L’amateur de rugby est vraiment accroché à ces rendez-vous, et on fait de très bonnes audiences sur ce match, qui est une offre nouvelle.

Vous avez lancé la saison dernière le multiplex de 18h le samedi sur Canal+ Sport, et vous diffusez ainsi tous les matchs de Top 14 sur vos antenne premium.

La case du multiplex a trouvé sa place tout de suite, avec un public qui répond présent toutes les semaines et qui prend plaisir à regarder ce zapping d’un match à l’autre, avec en général 3 matchs, ce qui leur laisse chacun beaucoup de place. Là aussi on a des audiences qui sont plus que satisfaisantes.

Quel est le niveau du Top 14 cette saison ?

Il a un peu de mal à se lancer sur le plan qualitatif, on n’a pas encore eu de match fantastiquement spectaculaire. En revanche, sur le plan émotionnel il est toujours aussi fort, on a clairement 11 équipes qui prétendent à la qualification (en phases finales NDLR), c’est sans doute le championnat qui s’annonce le plus serré de l’histoire. On voit bien qu’après Clermont l’an dernier, un des plus gros bras, Toulon, est en difficulté et risque de ne pas se qualifier. L’incertitude est au sommet, on a un peu de tout dans les championnats, certains sont dominés par une équipe, d’autres qui sont extrêmement acharnés, le Top 14 est dans cette catégorie, et bien malin qui pourrait annoncer un pronostic pour dire qui sera champion et avant tout qui sera qualifié dans les 6. La glorieuse incertitude du sport, c’est ça qui nous fait regarder et aimer le sport, de ne pas savoir qui va gagner, et je pense qu’avec le Top 14 on est particulièrement gâtés.

Vous commentez l’affiche du dimanche après-midi depuis plusieurs années, comment vous vous préparez ?

Je fouille dans mes archives tous les articles et toutes les interviews que j’ai pu accumuler sur les équipes que je vais commenter le dimanche, je pars sur place la veille pour être sur place et éventuellement rencontrer les entraîneurs et assister aux derniers entraînements. Et je fais ça avec toujours autant d’enthousiasme avec tout ce temps parce qu’on fait un beau métier et qu’on se régale. Certains ont beau critiquer le Top 14, mais personnellement je ne l’échange pas contre une autre compétition. Je préfère même commenter le Top 14 toutes les semaines plutôt que de ne faire que la Coupe du Monde tous les 4 ans.

Canal+ est également diffuseur historique du rugby de l’hémisphère Sud, que représente ce rugby pour Canal+ ?

Canal+ a été pionnier en la matière, dès que les nouvelles compétitions de l’hémisphère Sud ont vu le jour en 1995, Canal+ en a acquis les droits. C’était le Tri-Nations à l’époque, qui est devenu le Four Nations aujourd’hui, c’était le Super 12 qui est devenu le Super Rugby, on a eu aussi la chance de retransmettre beaucoup de tournées, y compris celles de l’Equipe de France. On a des abonnés qui sont très attirés par le rugby, ça fait partie de notre offre, ça permet à nos abonnés d’avoir un oeil sur un autre rugby, qui porte les évolutions du jeu, qui donne le ton avant les Coupes du Monde, qui complète vraiment l’offre du rugby français. Comme je le dis « Le soleil ne se couche jamais sur la planète rugby de Canal+ », parce quand l’hémisphère Nord s’arrête, l’hémisphère Sud est au relais. On peut grâce à ça proposer à nos abonnés du rugby 12 mois sur 12, et le meilleur rugby.

Vous diffusez également du Rugby à 7, en le mettant bien en avant sur Rugby+, vous diffusez en direct l’intégralité des étapes du circuit professionnel, le World Series. C’est un rugby important ?

C’est sans doute un peu le rugby de demain, en tout cas c’est un sport qui est en train de se développer considérablement, notamment depuis son arrivée aux Jeux Olympiques. L’Equipe de France féminine y est très compétitive, on espère que l’Equipe de France masculine va le devenir. Là aussi c’est un complément d’offre qui est différent, très intéressant, que nos abonnés suivent avec beaucoup de plaisir parce que non seulement on leur offre le direct qui dure parfois 10 heures, mais aussi des résumés avec tous les meilleurs moments et tous les meilleurs matchs. Et on s’est rendu compte que les abonnés accrochaient bien, parce que c’est spectaculaire, et par les temps qui courent c’est un autre style de rugby, moins violent, moins rugueux, donc c’est bien. Quand il y a un tournoi de World Séries, on le décline dans les émissions, dans les mi-temps de Top 14, on suit de très près les Bleus mais aussi les meilleures nations du rugby à 7. En résumé, on a une offre rugby qui est très complète.

Vous avez diffusé un match de Top 8, l’élite du rugby féminin français, il y a quelques années, vous souhaitez recommencer ?

C’était une one shot, on ne peut pas être partout. Les droits de l’Equipe de France féminine de rugby ne sont pas sur le marché, puisqu’ils vont de paire avec l’Equipe de France masculine, donc on n’est pas candidat. En revanche, on est sur un bonne couverture de l’Equipe de France féminine de rugby à 7. Le Top 8 féminin a encore besoin d’évoluer pour intéresser les télévisions de manière régulière.

Le groupe Canal+ a diffusé un match de Top 14 en gratuit la saison dernière sur C8, c’était Toulon/Lyon. Vous souhaitez renouveler l’expérience cette saison ?

Je ne peux pas vous répondre, c’est C8 qui est décideur là-dessus, il est tout à fait possible que l’on ait une demande. Pour l’instant elle n’est pas venue mais c’est normal, on est en début de saison. Ils avaient été particulièrement satisfaits de cette diffusion exceptionnelle, c’est quelque chose que l’on ne s’interdit pas mais qui n’est pas au programme à court terme.

Vous avez d’autres projets avec le groupe Canal+ ?

On est déjà assez occupés, on ne peut pas s’intéresser au Tournoi des 6 Nations, la Coupe d’Europe est visible sur beIN Sports dans le pack sport de Canal+, ça fait déjà beaucoup de projets. On fête les 20 ans de Jour de Rugby, mais le Canal Rugby Club n’en a que 4, c’est une émission encore jeune, ce n’est que la deuxième saison du Late Rugby Club, tout comme le multiplex du samedi 18h. Il y a des évolutions qui sont très récentes, on peut se donner encore du temps avant de refaire bouger notre grille.

Qu’est-ce que vous pouvez dire à Jour de Rugby dans 20 ans ?

Dans 20 ans, je pense que je la regarderai tranquillement dans mon canapé, et je pense que ça existera toujours et que ce sera toujours une excellente émission.

 Jour de Rugby, chaque samedi de Top 14 en direct à 22h35 sur Canal+ Sport. 

Canal Rugby Club, chaque dimanche de Top 14 en direct à 16h15 puis en direct et en clair à 18h40 sur Canal+.

Late Rugby Club, chaque jeudi en direct à 22h40 sur Canal+ Sport.

A propos de Nicolas Chambaud

Spécialiste médias et sport, passionné par l'actualité internationale, le numérique et les enjeux des nouveaux modes de diffusion et de consommation du sport

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.