dimanche , 14 octobre 2018

Rodolphe Pirès (beIN Sports) : « On est plutôt sur le partage et sur le bonheur d’être ensemble »

crédit photo : Panoramic

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Alors que les Coupes d’Europe de rugby à XV reprennent ce weekend sur beIN Sports, nous avons rencontré Rodolphe Pirès, journaliste et animateur de l’émission « Rugby Pack » dédiée au rugby, pour évoquer son métier de commentateur et cette nouvelle saison européenne.

Vous êtes l’incarnation du rugby sur beIN Sports. Quelle est la place de ce sport sur la chaîne ?

Le rugby a toute sa place sur beIN Sports, une chaîne omnisports et premium, au même titre que les sports américains, le tennis ou le handball. Le rugby fait partie des sports fondateurs de la chaîne, la première production de beIN Sports était un match de rugby à XIII d’ailleurs.

Vous animez l’émission « Rugby Pack » depuis le lancement de la chaîne. Comment définir cette émission ?

C’est un rendez-vous qui a trouvé sa place car c’est d’abord un rendez-vous oecuménique, qui parle aux 2 obédiences majeures de rugby, le rugby à XIII et le rugby à XV, et qui permet d’en parler avec une forme d’équilibre, avec un ton qui se nourrit l’un de l’autre. Avec des images, parce qu’elles sont le socle de tout, mais avec aussi les analyses de nos experts. La grande réussite de cette émission, au-delà du fait qu’elle se passe dans une ambiance sympathique, c’est qu’elle a permis d’apporter des éclairages nouveaux sur le sport de l’autre. Il y a une vraie notion de réciprocité dans cette émission, notre consultant de rugby à XIII, Louis Bonnery, apporte un éclairage treiziste sur le rugby à XV, et vice versa avec notre consultant Dimitri Yachvili pour le rugby à XV. Et tout le monde se retrouve d’accord sur la pertinence du choix des joueurs, du geste technique à accomplir.

Quelles sont les nouveautés cette saison ?

Je ne dis pas qu’il n’y a pas de nouveautés cette année, mais le plus important est qu’on cultive la constance dans cette émission, pour apporter des éclairages précis sur le rugby. On informe, on se cultive sur la discipline, on s’instruit aussi sans pour autant avoir une forme de démonstration de ‘sachant’. On est plutôt sur le partage et sur le bonheur d’être ensemble.

Cette saison, « Rugby Pack » proposera une continuité d’antenne pendant les weekends de compétition de Coupes d’Europe. Vous pouvez nous en dire plus ?

Ça sera une formule différente, à laquelle nous avons pensé avec Florent Houzot. Nous allons avoir une continuité le samedi et le dimanche depuis nos studios de la Factory à Boulogne, avec la possibilité de prendre l’antenne assez tôt. Pour les premiers weekends de compétition, nous la prendrons à 13h pour la rendre tard, avec 8 heures de rugby non-stop, et avec des transitions effectuées en plateau par un journaliste et un consultant, avec Nicolas Jeanjean et Vincent Pochulu. Ils passeront la main au journaliste sur place, et ils pourront revenir sur les résultats et sur les actions des matchs joués avant. On va avoir une exhaustivité sur la période qui va nous permettre de ne rien rater pendant les weekends de rugby sur beIN Sports.

Comment vous préparez l’émission ?

Elle se prépare avec notre chef d’édition, Bertrand Bégué, on prépare les thèmes qui seront abordés, on échange ensuite avec les participants, Dimitri Yachvili et Louis Bonnery, et on met en route cette émission tous les vendredis en essayant de ne rien oublier et de rester dans les temps. Avec des consultants prolixes, on aurait tendance à rester bavard, et c’est aussi ma responsabilité de faire attention.

BeIN Sports diffuse les Coupes d’Europe de rugby depuis 5 saisons consécutives. Quel bilan tirez-vous de ces premières années ?

On est très heureux et très fiers de diffuser cette compétition de rugby d’élite, nous sommes rentrés dans un cycle nouveau en terme de couverture de la compétition et en terme de droits. Et nous avons honoré la promesse qui était faite à nos abonnés, celle de voir 100% des clubs français engagés dans la compétition, c’est une première satisfaction pour nous. Et ensuite parce que nous sommes adossés à une compétition qui, chaque année, monte en intensité et en spectacle pour proposer des matchs de qualité qui sont un peu la voie du milieu entre les matchs domestiques et les matchs internationaux.

Quel est le niveau des Coupes d’Europe cette saison ?

Il est relevé, parce qu’on a affaire à des équipes de Top 14 qui sont très remontées pour aborder la compétition, certains ont un peu d’amertume d’avoir perdu sur le fil la Champions Cup la saison passée, je pense au Racing notamment. Les clubs anglais sont aussi au rendez-vous, je pense au club de Premiership leader du championnat, les Saracens, avec derrière eux l’équipe d’Exeter. Et il y a aussi des formations qui pour la première fois de leur histoire vont démarrer dans cette grande compétition européenne qu’est la Champions Cup, je pense notamment à Lyon, match où j’aurai le plaisir de me trouver avec Dimitri Yachvili. Montpellier a aussi beaucoup d’ambitions légitimes, et puis le Castres Olympique va défendre son titre de Champion de France dans la compétition européenne, ce qui n’est pas un détail.

Quel est votre meilleur souvenir en Coupe d’Europe ?

C’est un match à Castres, où pendant un peu plus d’1h30 je me suis demandé pourquoi je traînais une très mauvaise odeur sur moi. Jusqu’à ce que je me rende compte que Julien Candelon avait mis un camembert dans la poche de ma parka, une poche que je ne connaissais pas sur une parka toute neuve. Et je l’ai découvert juste à la fin du match, j’étais à l’antenne d’ailleurs, ça fait partie des souvenirs joyeux (rires).

BeIN Sports diffuse également les test matchs d’automne, qui se déroulent dans l’Hémisphère Nord. Quel est l’intérêt de ces matchs ?

Ils sont intéressants à diffuser et à commenter, parce qu’on est heureux de montrer les meilleures nations du Sud qui viennent jouer contre les nations du Nord. On est contents que les Sud-Africains connaissent une sorte de résurgence qui va leur permettre de venir disputer les matchs de novembre avec un peu plus d’ambition que d’ordinaire. Avec bien sûr les All Blacks, qui viennent forts de leur titre de vainqueurs du Four Nations. Mais les nations du Nord sont extrêmement compétitives, et toutes les équipes que l’on verra sur beIN Sports dans les Coupes d’Europe sont nourries de ces joueurs qui vont porter le maillot national.

Vous aimeriez diffuser les test matchs de printemps ?

Oui, bien sûr, tout ce qui de nature à permettre à nos abonnés de voir du meilleur spectacle est intéressant.

Qu’est-ce que vous pensez du projet de Ligue mondiale lancé par le World Rugby (fédération mondiale de rugby) ?

Je suis toujours favorable à ce que les élites sportives se resserrent. Après, je ne peux pas aller contre une forme de globalisation du jeu, parce qu’elle est déjà en marche. Mais j’observe qu’une compétition qui est pan-européenne est en train de devenir mondiale, c’est ce qu’est en train de faire la Superleague de rugby à XIII, où le club de Toronto, au Canada, a failli se qualifier pour participer à la prochaine saison. Ces projets de Ligue mondiale ne datent pas d’hier, certains ont avancé l’idée d’un championnat européen de football, et toute idée nouvelle, novatrice et porteuse de sens m’intéresse.

C’est quoi le style Rodolphe Pirès aux commentaires ?

Ce n’est pas une science exacte, c’est un peu comme une recette qu’on voudrait faire et qui rate à chaque fois (rires). Il y a surtout de l’enthousiasme, je crois, du plaisir, un peu de travail, quand même mais il ne faut pas trop que ça se voit. C’est un vrai bonheur de pouvoir faire ce que l’on fait, parce qu’on vit des expériences incroyables, parce qu’on travaille sur un sujet mouvant. On est en quelque sorte au coeur d’un film dont on a la responsabilité de raconter l’histoire, et dont on ne connaît ni le début ni la fin. C’est un exercice rare, qui nous donne une totale liberté dans ce qu’on va pouvoir faire, avec la contrainte du cadre du match, et avec le devoir de transmettre de la joie et de l’enthousiasme pendant presque 2 heures. Et au-delà du travail il y a une part de divertissement, qui est nécessaire je crois, et commenter de façon trop professorale, ce n’est pas forcément ce que l’on attend.

Comment vous préparez un commentaire de match ?

J’ai la chance de travailler avec Dimitri Yachvili et Julien Candelon, on se retrouve plus tôt dans la semaine pour parler chacun du match, des enjeux, des forces en présence, des faiblesses des uns et des autres. On est surtout sur site la veille des matchs, si on arrive assez tôt on peut aller chercher des informations lors du dernier entraînement, celui du capitaine. On se retrouve à travailler dans nos chambres d’hôtel, à comparer ce que chacun a préparé sur le match, on met tout ça en commun et on arrive le jour du match avec une somme d’information pour alimenter le match. On est à 3, et même à 4, parce que la réalisateur du match, en télévision, a une place prépondérante. Le bon réalisateur suit le discours du journaliste et participe à l’écriture et à la manière de raconter l’histoire.

Comment vous vous partagez avec votre consultant, Dimitri Yachvili ?

De la façon la plus harmonieuse qui soit, il connaît parfaitement le rugby, il l’a pratiqué, il l’a nourri de sa propre expérience et de sa propre sensibilité, et il a toujours raison (rires). Et surtout il est dans l’anticipation, il a la capacité de dire ce qu’il va se passer. Le partage est simple, si l’on se réfère à la règle intangible : le journaliste raconte et le consultant vient apporter sa précision technique. Et avec Julien Candelon en bord terrain, c’est une triplette où chacun est à sa place. Dimitri Yachvili, au-delà de son expérience, sait faire passer de l’émotion, et Julien Candelon est un extraordinaire connaisseur du jeu et des joueurs de tous les championnats, il nous apporte de précieuses informations du terrain.

Est-ce qu’on raconte différemment du rugby à XIII est du rugby à XV ?

Oui, parce que les disciplines sont différentes, parce que les temps sont différents, parce que le film n’est pas raconté de la même manière. C’est un autre scénario, ce sont des acteurs différents. Et le temps ne passe pas de la même manière, le commentaire de rugby à XIII est peut-être plus physique, plus brusqué et vif, le commentaire de rugby à XV monte en puissance de façon moins rapide. Dans les 2 cas, il s’agit d’une manière de bien gérer le temps.

Vous aimeriez commenter du rugby à 7 sur beIN Sports ?

Bien sûr, c’est une discipline que j’aime beaucoup, et un jeu globalisé, un jeu qui remplit des stades à Hong Kong, qui n’est pas à proprement parler une terre de rugby. C’est un autre sport, un autre code, un circuit mondial, un sport spectaculaire qui nécessite des physiques et des techniques différents, où des pays comme l’Espagne ou le Kenya peuvent battre des grandes nations de rugby à XV. C’es un sport de vitesse, qui est le juge de loi dans le rugby, un sport mondialisé qui pourra intéresser peut-être demain les Chinois, et après-demain des nations auxquelles on ne pense même pas.

Vous avez d’autres projets avec beIN Sports ?

Les projets, c’est de continuer à accompagner les fédérations et les ligues avec lesquelles nous travaillons. Je suis de ceux qui espèrent une deuxième équipe française engagée en Superleague de rugby à XIII, pour traiter de la meilleure manière cette discipline.

A propos de Nicolas Chambaud

Spécialiste médias et sport, passionné par l'actualité internationale, le numérique et les enjeux des nouveaux modes de diffusion et de consommation du sport

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