RC Strasbourg : Pourquoi la France a laissé filer Sarr et Mbaye sans réagir ?

Clairefontaine, symbole du football français, ne verra plus Mamadou Sarr ni Ibrahim Mbaye sous le maillot tricolore. Le défenseur de Strasbourg (20 ans) et l’attaquant du PSG (17 ans) ont longtemps fréquenté les rassemblements de l’élite hexagonale. Désormais, leur avenir international s’écrira ailleurs, loin des pelouses françaises.

Jeudi, la Fédération sénégalaise a officialisé la première convocation des deux jeunes talents. Sarr et Mbaye, cumulant respectivement 32 et 30 sélections chez les jeunes Bleus, rejoignent ainsi la liste croissante des binationaux séduits par l’Afrique. Le choix, cette fois, frappe par sa précocité. Contrairement à d’autres, comme Amine Gouiri ou Habib Diarra, qui ont attendu l’expérience des Bleuets avant de trancher, Sarr et Mbaye optent pour le Sénégal dès l’aube de leur carrière senior.

Ce basculement illustre la montée en puissance des sélections africaines auprès des jeunes issus de la diaspora. Le Sénégal, à la différence du Maroc ou de l’Algérie, privilégie une approche plus directe. Sarr, fils de l’ancien international Pape Sarr, a été contacté en fin de saison dernière par Pape Thiaw, ex-coéquipier de son père. Une démarche personnalisée, loin des process structurés du Maroc, qui multiplie scouts et dialogues ciblés.

Le Sénégal mise sur la proximité et l’argument sportif

Le sélectionneur sénégalais a présenté à Sarr et Mbaye un projet axé sur la jeunesse et les échéances majeures à venir, CAN et Coupe du monde en tête. Le discours a porté, malgré la concurrence du Maroc pour Mbaye. « C’est plus facile de convaincre un joueur. Ibrahim a voulu jouer pour le Sénégal », affirme Thiaw, qui cible aussi Robinio Vaz, espoir marseillais. Dans l’entourage familial, on confirme : « C’est un choix du cœur, ça a toujours été son choix numéro 1 ».

La Fédération française, elle, semble prise de court. Les deux joueurs ont donné leur accord de principe à l’automne, sans réaction notable de la FFF. Didier Deschamps, interrogé jeudi, a livré la ligne officielle : « C’est un sujet sensible mais c’est une liberté que ces joueurs-là ont toujours eue. L’attractivité, je n’ai pas à la commander. Mais évidemment, il y a beaucoup d’autres équipes nationales qui ont des dossiers bien précis. Après, c’est le choix des joueurs. Est-ce trop jeune, pas assez jeune ? Ils ont la liberté. »

La FFF face à la concurrence internationale pour les jeunes talents

Le discours est repris au sein de l’équipe de France Espoirs : « Nous avons des échanges réguliers avec les joueurs binationaux. Ils ont de beaux potentiels. Après, ce sont des choix personnels, et on respecte complètement ces choix. » La FFF n’a pas de cellule dédiée à la sensibilisation, mais tente d’agir au cas par cas. Sarr a bénéficié d’un échange avec Marc Keller, président du Racing et membre du comité exécutif fédéral, ainsi que d’un appel du président Philippe Diallo. Un contact direct avec Deschamps était même envisagé. Trop tard pour infléchir la décision du défenseur.

Sur les profils les plus prometteurs, la FFF compte encore sur l’aura du maillot bleu et la vigilance de Deschamps. Ce dernier refuse toute logique de blocage : « Je n’ai jamais fonctionné dans le sens de prendre quelqu’un pour le bloquer. » Les fédérations belge, néerlandaise et bientôt anglaise affrontent les mêmes défis, sans solution miracle. La question demeure : la FFF saura-t-elle adapter sa stratégie face à la concurrence internationale ?

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