jeudi , 3 décembre 2020

Conflit Ligue 1 / Mediapro : Avec 600.000 abonnés, « Téléfoot va continuer » affirme Jaume Roures

La presse française était réunie par le patron de Mediapro qui n’a toujours pas payé l’échéance d’octobre concernant les droits de la Ligue 1 et de la Ligue 2.

Le défaut de paiement n’est pas une fin en soi. Voilà comment nous pourrions résumer l’intervention de Jaume Roures, charismatique patron espagnol du groupe Mediapro, détenteur des droits audiovisuels de 80% de la Ligue 1 et 80% de la Ligue 1 jusqu’en 2024. Le groupe a lancé fin aout sur notre territoire la chaine Téléfoot afin d’exploiter ces droits, avec des offres facturées à partir de 25€90 par mois, un montant jugé prohibitif par de nombreux suiveurs du championnat.

Après un premier versement réglé rubis sur l’ongle par Mediapro France auprès de la Ligue à la mi-aout, la deuxième traite d’octobre a posé un souci majeur aux comptables du diffuseur comme des clubs professionnels français. Le groupe sino-espagnol a initialement  demandé un report du paiement qui lui a été refusé, avant de demander dans la presse une ristourne concernant les droits de cette saison, dont l’exploitation serait affectée par la situation sanitaire.

Résultat, Mediapro laisse pour l’heure une ardoise estimée à 172M€ TTC, alors qu’un versement est attendu début décembre à hauteur de 150M€ TTC. Au total, le groupe est engagé pour des droits estimés à plus de 830M€ HT. Une procédure de conciliation auprès du tribunal de Nanterre a été lancée, et confirmée ce matin par Jaume Roures, dans le cadre d’une conférence de presse organisée pour tenter de reprendre la main. Depuis l’annonce du refus de paiement, l’image de la chaine Téléfoot est sévèrement endommagée, alors que celle-ci a commencé hier soir à diffuser la Ligue des Champions auprès de RMC Sport.

La Ligue bloquée jusqu’en février ?

Cette procédure de conciliation qui vise à protéger les entreprises en difficulté pourrait limiter les marges de manœuvre de la Ligue face à son cocontractant en défaut. Jaume Roures a par ailleurs indiqué que cette procédure pourrait bloquer le versement de la tranche de décembre. L’avocat du groupe a rappelé la durée théorique de ce type de procédure problématique pour les créanciers, 3 à 4 mois, mais a souhaité qu’une solution soit trouvée bien avant cette perspective.

Cependant, cet épisode ne semble pas perturber les intentions du groupe, en tout cas dans le discours de son patron qui ne veut pas perdre la confiance des clubs et regrette les conséquences de sa sortie dans l’Équipe début octobre. Il a ainsi rappelé sa volonté d’assurer la totalité du contrat pour les 4 années à venir et de ne renégocier son prix que pour la saison en cours. Il n’y aurait aucune surévaluation dans le montant promis à l’époque. « C’est un projet auquel on croit » assure Jaume Roures, qui indique avoir toujours envisagé la rentabilité au delà de la première année du contrat et ne pas souhaiter remettre en cause l’engagement pris en 2018.

Inquiétudes sur le niveau réel de la trésorerie du groupe

Sur le volet commercial, le patron de Mediapro a revendiqué autour de 600.000 abonnés à date. Un chiffre qui peut paraitre faible au regard du point d’équilibre envisagé à 3,5 millions de clients, mais qui constituerait une performance notable lorsque l’on réalise une comparaison avec beIN SPORTS (500.000 abonnés après deux mois d’existence, un million après cinq mois) qui bénéficiait alors de la force de distribution du groupe Canal.

Concernant le groupe Canal, qui l’a assigné en justice pour obtenir les mêmes conditions contractuelles que les opérateurs télécoms, Jaume Roures a dit espérer que cela ne se règle pas devant le juge, et en a profité pour révéler le minimum garanti que le groupe satellite paierait pour diffuser RMC Sport depuis 2018, à savoir 100M€.

Sur le plan comptable, le patron s’est montré moins bavard pour répondre aux questions sur la trésorerie du groupe, qui serait largement en deçà des exigences du contrat signé avec le football français. Ainsi, ce matin, Capital révélait qu’une projection de Moody’s datant du 20 juillet tablait sur une trésorerie au 30 septembre évaluée à 113M€, bien trop peu pour assurer le deuxième versement d’octobre. Jaume Roures a simplement précisé que son modèle se basait sur les apports en provenance simultanée des abonnés, des opérateurs et des fonds propres du diffuseur. Les montants garantis par les opérateurs français ont, en tout cas, été insuffisants pour assurer le deuxième versement.

Il est toujours difficile de savoir comment la situation va évoluer, alors que les négociations les plus importantes (avec la LFP pour le versement des droits et avec Canal+ pour une éventuelle distribution) sont marquées par une rigoureuse confidentialité. Jaume Roures a souhaité reprendre la main sur le récit de cet épisode qui laissera nécessairement une trace dans l’histoire du football français. Reste à savoir si cette trace relèvera de l’anecdote au milieu d’une idylle globale de 4 années ou bien le reflet de l’attitude jusqu’au boutiste du patron espagnol à quelques encablures d’un crash économique d’envergure.

A propos de R.M.

Avatar

Un commentaire

  1. Avatar

    Bilan. Je continue à diffuser mais je ne paye pas.
    Punaise, j’aurais dû les acheter ces droits de la Ligue 1.
    Conférence de presse pathétique.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :