lundi , 10 décembre 2018

Denis Balbir (M6) : « Je commente avec passion, c’était mon rêve de faire ça »

crédit photo : William Dupuy/M6

crédit photo : William Dupuy/M6

Denis Balbir a repris le chemin des stades depuis septembre pour commenter les matchs des Bleus engagés en Ligue des Nations, la nouvelle compétition de l’UEFA partagée entre M6 et TF1, et les matchs de préparation des Bleues pour le Mondial 2019 en France. Rencontre avec le commentateur du groupe M6 pour évoquer les Équipes de France, la télévision et sa nouvelle aventure en radio.

Vous êtes la voix des Bleus sur M6, qui se partage les matchs de l’Équipe de France avec TF1. C’est un plaisir de retrouver les Bleus ?

Oui c’est un plaisir, on les avait laissés en finale de l’Euro 2016, une date qui reste un mauvais souvenir avec le match contre le Portugal. D’autant que depuis, les choses ont pas mal changé, avec ce titre de Champions du monde et beaucoup de révélations.

Il y avait de l’émotion pour commenter le match de l’Équipe de France début septembre pour son retour après le Mondial ?

Il y a toujours un peu d’excitation, elle venait d’être sacrée championne du monde, et avec la nouvelle compétition, la Ligue des Nations, ça change des matchs de préparation classiques. Il y a de l’enjeu, on se tourne déjà vers l’Euro 2020, ça passe très vite, il y a un nouveau challenge où cette Équipe de France va être attendue.

Qu’est-ce que vous pensez de la Ligue des Nations, qui est une compétition un peu compliquée à expliquer ?

C’est un peu compliqué, oui, il y a des poules avec de nombreux pays, les points de règlement sont toujours pénibles à expliquer, mais c’est une vraie compétition, avec de vrais enjeux, avec des équipes qui sont de vraies nations de football, et ça donne accès à des pays qui ne sont pas forcément dans le haut du panier de ce sport. Ça rehausse forcément la compétition et son intérêt.

Comment vous la trouver cette Équipe de France en ce moment ?

Je la trouve bien, dans tous les compartiments elle est restée dans le tempo de la Coupe du Monde. Avec les blessures récentes, on sait que le réservoir de l’Équipe de France est important, et c’est au staff de trouver des solutions. Et on ne peut pas répondre toujours présent avec les mêmes joueurs, il y a toujours un risque pour les sportifs de haut niveau de se blesser, malheureusement.

Comment définir le style Balbir aux commentaires ?

(Rires) Je fais comme je fais depuis que je commente, depuis 1990, je commente avec passion, c’était mon rêve de faire ça, c’est maintenant mon métier, chaque match est différent, chaque compétition est importante et différente. Je commente chaque match supposé de haut niveau ou supposé de niveau inférieur de la même manière. Pour moi, être sur le terrain, arriver dans les couloirs d’un stade, regarder les vestiaires et rentrer sur la pelouse, c’est exceptionnel, et je savoure cet instant comme si c’était le premier jour. C’est avant tout une passion.

Vous écoutez ce que font les autres commentateurs ?

Pour commenter beaucoup de matchs, et pour en avoir commenté beaucoup, je suis assez occupé, et je regarde de moins en moins de match. Avant, j’en regardais beaucoup, maintenant c’est exceptionnel quand je peux en regarder un. Je regarde des bouts de matchs, mais je ne suis pas fan au point de regarder des matchs tout le weekend, que ce soit les compétitions françaises ou européennes. Je ne veux pas porter de jugement sur les uns ou les autres, mais j’ai toujours du plaisir à regarder des grands matchs de foot.

Comment vous préparez les commentaires d’un match de l’Équipe de France ?

Je prends des renseignements, je suis assez lié avec Guy Stéphan, je le connais depuis longtemps. Je lui passe un coup de fil avant, ou un texto. On a aussi des envoyés spéciaux pour les conférences de presse, quand je peux j’y vais, on palpe mieux l’ambiance pour s’en imprégner. Après, tout le monde connaît les gens de l’Équipe de France, ce n’est pas très difficile, il faut se laisser porter par le match, c’est lui qui décide de la façon de travailler.

Comment vous vous partagez avec votre consultant ?

Le consultant est là pour expliquer et pour se concentrer sur les phases techniques et tactiques, et nous on est là pour faire du commentaire, qui reste descriptif, pour enflammer le match, pour raconter une histoire sans être trop informatif, parce que M6 est une chaîne généraliste. C’est un commentaire plus épuré que quand on est sur Canal+ ou beIN Sports. Quand j’étais sur Canal+, on était très précis sur les statistiques, là on est plutôt comme j’étais sur France 2 à l’époque, on est plus dans les généralités, mais ça n’empêche pas de commenter le match avec envie et passion. C’est un travail différent.

Vous arrivez à rester neutre avec l’Équipe de France ?

Il faut séparer 2 choses : d’abord, être neutre ça n’existe pas pour moi, ni être objectif, parce qu’on est forcément porté par une équipe ou l’autre, d’autant plus avec l’Équipe de France, qui représente notre pays. Par contre, si un joueur fait un geste qui mérite un carton rouge, par exemple, on ne va pas contester ce carton rouge. L’objectivité doit être présente sur l’aspect de la justice du jeu, mais on est forcément derrière l’Équipe de France.

Quel est votre meilleur souvenir avec l’Équipe de France ?

C’est la finale de la Coupe du Monde 1998, que j’ai eu le plaisir de commenter, c’était exceptionnel, au Stade de France, c’était un délire incroyable, je n’ai jamais vu ça de ma vie, avec l’autoroute envahie par les gens à pied, c’était quelque chose d’exceptionnel. Comme cette Coupe du Monde d’ailleurs, j’avais suivi le Mexique, qui est une belle équipe, c’était une ambiance très particulière en France à cette époque, c’est un excellent souvenir.

Le prochain que vous commentez pour M6 sera France/Allemagne en Ligue des Nations. C’est une très belle affiche !

Oui, c’est une équipe d’Allemagne qui veut prendre sa revanche du match aller, où elle n’a pas pu gagner, où le match était moyen au niveau de la qualité. La France joue chez elle, on a la chance de commenter plusieurs matchs au Stade de France dans les prochains mois, et c’est encore mieux grâce aux supporters. L’Allemagne reste une grande nation européenne du football, c’est un grand rendez-vous.

W9 diffusera les prochains matchs de l’Équipe de France féminine. Vous allez les commenter ?

La campagne de l’Équipe de France féminine a commencé sur W9 avec un match contre le Mexique, gagné 4 à 0. On va faire France/Australie à Saint-Étienne (vendredi dernier NDLR) et quelques jours plus tard (ce soir NDLR) France/Cameroun à Grenoble. Là aussi c’est beaucoup de plaisir, on a beaucoup investi dans le football féminin avec l’Euro 2013 en Suède et le Mondial 2015 en Allemagne, pour nous c’est une continuité. Comme pour l’Équipe de France masculine, avec les 11 matchs de l’Euro 2016, et auparavant l’Euro 2012. Continuité et régularité, on est vraiment inscrits dans la durée comme partenaire des Bleues, on est contents de les accompagner dans leur quête de nouveaux trophées.

Vous regrettez de ne pas pouvoir commenter le Mondial féminin en 2019 ?

Quand on est passionné, on aimerait commenter toutes les grandes compétitions, mais commenter les matchs de préparation pour arriver à cette compétition, c’est déjà une belle aventure. C’est une question de droits et de partage entre des groupes de chaînes que nous commentateurs on ne maîtrise pas, on est heureux de faire ce qu’on fait même si on voudrait toujours avoir plus.

Vous avez commenté l’Europa League pour W9 pendant 6 saisons, quel est votre bilan de cette longue expérience ?

C’était extraordinaire, parce que j’ai vu beaucoup de belles équipes, notamment pendant les 3 années où Séville a remporté cette compétition. J’ai redécouvert le stade de Liverpool, que j’avais quitté lors des années Canal+, notamment lors d’un match exceptionnel contre Dortmund, où Liverpool a renversé le cours des choses. J’ai eu la chance de commenter l’équipe de Saint-Étienne, moi qui aime beaucoup ce club. J’ai eu la chance de voir Lyon arriver en quart puis en demi-finale. J’ai eu la chance de voir arriver Marseille en finale. On a pas mal voyagé, il y a eu aussi Guingamp, Bordeaux, on a découvert ou redécouvert de multiples équipes, de nouveaux stades, c’était une très belle aventure.

Quel est votre meilleur souvenir en Europa League ?

C’est l’épopée de Marseille (la saison dernière NDLR), c’était extraordinaire, il y a eu des renversements de situation, des buts exceptionnels, de l’incertitude, du suspens, et une finale au bout, c’est forcément quelque chose de particulier.

L’Europa League va vous manquer ?

Toutes les compétitions qui s’en vont, quand on est journaliste sportif et qu’on commente des matchs, ça manque, il y a toujours un peu de nostalgie et de regret. Après, quand c’est compensé par autant de belles choses que l’Équipe de France féminine et masculine, ce n’est pas anodin et ce sont de gros rendez-vous. C’est largement compensé, mais c’est autre chose, c’est différent.

Le football doit-il toujours être exposé en télévision gratuite ?

C’est formidable que l’Équipe de France masculine au moins soit accessible au plus grand nombre, tout comme l’Équipe de France féminine. Le football féminin connaît un essor régulier depuis 2010, c’est une bonne chose. En ce qui concerne les clubs, c’est une histoire d’argent géré entre les groupes de chaînes et l’UEFA, ce n’est pas à moi, en tant que commentateur, de juger ce qu’il se passe. Mais c’est sûr que le fan de foot est lésé, et qu’il doive payer auprès de plusieurs opérateurs des abonnements pour suivre convenablement plusieurs compétitions.

Vous animez depuis la rentrée sur RTL « On refait le match », c’était une envie de faire de la radio ?

J’ai commencé par ça, j’ai toujours adoré la radio, en 1983 j’étais sur NRJ et je faisais les informations. C’est un média que j’adore par sa liberté de ton, par sa liberté tout court, c’est un média où on est plus proche des gens, où on peut plus se lâcher, plaisanter, être en équipe, c’est vraiment très différent. C’est une belle aventure qui s’offre à moi, il y a des réglages et un équilibre à trouver pour une émission avec des chroniqueurs, des thèmes à trouver, une gymnastique à trouver comme un pianiste qui n’a pas joué depuis longtemps et qui fait ses gammes. Ce n’est pas si simple à faire mais ça va se faire et c’est passionnant.

L’animation d’émission vous avait manqué ?

Je n’ai jamais vraiment animé d’émission, j’ai participé en tant que chroniqueur à cette émission, ou à des émissions comme « Yahoo Sport », j’ai toujours été plutôt chroniqueur, c’est vraiment la première fois que je suis meneur de jeu, comme on dit dans le monde de la radio, c’est autre chose, c’est à vous d’être au centre du programme, de trouver les bonnes questions et les bonnes relances au bon moment, les bons invités, le bon tempo. Ça se fait avec le temps et avec l’habitude.

Comment définir « On refait le match » ?

C’est une émission de polémique, on essaie d’être dans la polémique intelligente, où chacun peut donner son avis et s’exprimer sans que ce soit une émission où tout le monde s’engueule et gueule pour n’importe quoi. Pour moi, l’important est de trouver des chroniqueurs qui ont des choses à dire, et je crois que c’est ce qu’il se passe, et que ce soit dans la bonne humeur et pas dans la méchanceté. Ce n’est pas mon style, moi j’aime tous les entraîneurs, tous les joueurs, tous les présidents, les critiques acerbes sur tout le monde c’est fatiguant, il faut déjà montrer dans sa carrière de quoi on est capable avant de critiquer les gens, on essaye que ce soient des critiques constructives.

Comment vous préparez l’émission ?

Je la prépare assez simplement, dans le sens où on est guidés par l’actualité. Je soumets des thèmes, et je demande à mes chroniqueurs de réfléchir à des thèmes, pour que tout le monde participe, ce qui me semble normal le samedi. Soit un débat s’instaure, soit c’est moi qui décide entre 5 et 8 thèmes par émission d’une heure. Il faut aussi tenir compte du temps pour qu’on ait le temps de rentrer dans un thème et qu’on puisse aller au fond des choses, quitte à trapper 1 ou 2 thèmes. On essaye dès le mardi d’avoir des idées, mais on s’adapte toujours à l’actualité.

Vous avez été sollicité par des concurrents pendant le mercato des journalistes cet été ?

Non, pas du tout, mais je ne montre pas vraiment d’envie de l’être, je me sens très bien à M6 depuis 2012, j’ai été très bien accueilli, soutenu et encouragé, je pense que je suis apprécié et j’apprécie cette chaîne, ses dirigeants et les personnes avec qui je travaille. Ce qui est important dans ce métier, c’est le côté humain, quand on se promène de match en match en Europe ou dans le monde, être avec 2 ou 3 personnes qu’on apprécie c’est pour moi primordial, même par rapport à une affiche de match. Je vis de manière très épanouie ce qu’il m’arrive avec M6, et encore plus cette année avec cette émission sur RTL qui me passionne. Je commente aussi beaucoup de matchs, je travaille pour Lagardère Sport sur des matchs pour l’Afrique. Je me régale depuis Paris, en cabine, je commente la Ligue des Champions africaine et la Coupe de la CAF, sans consultant. J’aime beaucoup faire ça, je vois un autre football, je l’avais déjà fait avec Orange et Canal+. J’aime être épanoui, libre et dans une bonne ambiance et une belle aventure humaine.

Vous avez également commenté du handball pour W9, vous avez apprécié cette expérience ?

Beaucoup, parce que c’est quelque chose que j’appréhendais un peu, quand on change de sport c’est toujours un peu délicat, comme avec Canal+ pour les Jeux Olympiques de 1992 et 1996 où j’avais commenté de la gymnastique. Le handball se rapproche un peu du football, avec le côté collectif, j’ai eu la chance de commenter avec un ancien grand joueur et un très grand consultant, Grégory Anquetil. C’est quelque chose qui s’est bien passé, quand on goûte à ça on a envie que ça recommence. Plus on avance dans le métier, plus c’est intéressant de toucher à tout, d’avoir des regards différents, alors qu’avant j’étais vraiment focalisé sur le foot, je regardais énormément de matchs, j’en commentais énormément.

Vous aimeriez commenter des matchs pour la radio ?

Oui, pourquoi pas, ce n’est pas une question qui se pose, mais s’il fallait un jour commenter un match pour la radio, si on m’appelait, je viendrais avec plaisir.

France / Cameroun (amical) mardi 9 octobre à 21h sur W9 (Équipe de France féminine).

France / Allemagne (Ligue des Nations) mardi 16 octobre à 20h45 sur M6 (Équipe de France masculine).

A propos de Nicolas Chambaud

Spécialiste médias et sport, passionné par l'actualité internationale, le numérique et les enjeux des nouveaux modes de diffusion et de consommation du sport

2 commentaires

  1. « Je n’ai jamais vraiment animé d’émission »… Et France 2 foot, c’était quoi ? :p

  2. La bonne époque sur Canal ça change de Stéphane Guy…

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.