lundi , 10 décembre 2018

Olivier Ménard (L’Equipe) : « Le temps d’une discussion, on partage une passion commune, le sport »

crédit photo : Grangier pour L'Equipe

crédit photo : Grangier pour L’Equipe

Olivier Ménard présente « L’Equipe du soir » sur la chaîne L’Equipe depuis 2008. Figure incontournable de la chaîne en soirée, il nous a accordé un long entretien pour discuter avec lui de l’émission qu’il a créée pour L’Equipe.

Vous présentez l’émission « L’Equipe du Soir » depuis 10 ans. Quel bilan vous faites de cette décennie ?

On a réussi à créer et installer un programme, quelque chose qui n’existait pas forcément, un talk show quotidien du sport. C’est assez rare, et j’en suis fier et heureux. L’autre satisfaction, c’est que j’ai toujours beaucoup de plaisir à l’animer, à écouter les chroniqueurs de l’émission, à faire découvrir des personnages qui permettent d’intéresser les gens par leur sensibilité et leur sens de la narration. C’est une émission de bande, je suis bien conscient que tous les chroniqueurs ne sont pas populaires pour les téléspectateurs, chacun a ses préférés, parce que le sport est une matière passionnelle. Sur les 10 ans, j’ai l’impression que l’émission s’améliore, sur les contenus, sur la manière dont on la présente. Elle change et se bonifie tout en gardant son énergie et sa fraîcheur. Mais je n’ai pas beaucoup d’esprit critique, cette émission, c’est un peu mon bébé, avec une charge affective forte.

Comment définir « L’Equipe du Soir » ?

Ça peut être « un journal en débat », avec un ton particulier, qui vient de la qualité de nos rapports avec les gens qui sont en plateau. On s’aime bien, ce n’est pas feint. Ça vient aussi de la mécanique de la question qu’on leur pose, qui est souvent binaire, c’est un oui et un non. À eux après de modérer et de nuancer, souvent la vérité ce n’est pas blanc ou noir. C’est aussi la qualité des échanges entre les chroniqueurs, qui peuvent s’apostropher, et le lien entre chroniqueurs, que ce soit une bonne humeur, de l’indignation, de la colère. C’est une émission où les gens ont la liberté de dire « non, je ne suis pas d’accord avec toi. » Le sport est une matière de passion, pas forcément une matière de vérité. On peut avoir une démonstration extrêmement logique  intellectuellement et être démenti par les faits, parce que le sport est une science molle. C’est une émission qui engage les chroniqueurs, je leur demande juste d’avoir des réponses justifiées et étayées, il faut une démonstration. Ce ne sont pas des consultants, qui ont une parole qui tombe. Je suis là pour les écouter et pour leur donner la parole. Je prépare chaque débat, j’ai une idée de certaines réponses, mais ce n’est pas à moi de les imposer. Et parce que ces chroniqueurs viennent d’horizons différents, en mélangeant les genres et les profils, très rapidement il y a des mécaniques intellectuelles différentes qui se mettent en place et qui permettent, sur une question, d’avoir des points de vue et des logiques différentes. Le temps d’une discussion, on partage une passion commune, le sport.

L’émission est divisée en 2 parties (19h45 puis 22h30), comment vous articulez ces 2 segments ?

On les articule de manière logique et facile lorsqu’on est dans une soirée chaude, avec des matchs en direct. Avant le match, on demande aux chroniqueurs qu’ils se positionnent, pour savoir quel scénario ils imaginent. Avec mon équipe d’assistants, en conférence de rédaction, on se pose des questions, pour lancer les débats pendant l’émission, pour lancer le match. Et souvent ces scénarios seront démentis par les faits, et on s’en amuse dans la deuxième partie. C’est une manière de ne pas se prendre au sérieux, tout ça ce n’est que du sport. C’est ce ton naturel que je recherche, la façon dont en parle dans les cercles privés, dans la réalité.

Vous battez régulièrement des records d’audience sur la chaîne L’Equipe. Il y a 2 semaines, encore, grâce au match du PSG en Ligue des Champions. Le débat sportif en télévision gratuite semble plus que jamais plébiscité par les téléspectateurs !

Oui, il y a une clientèle pour le débat, il y a des gens qui aiment le sport et qui ne sont pas tout à fait prêts à payer une abonnement aux chaînes payantes. On est là pour que les personnes puissent vivre l’évènement de manière un peu différée et analytique. Pour nous, plus il y a d’opérateurs, mieux c’est. Et la télévision, ce sont des mouvements d’audience qui sont très lents à mettre en place. On est arrivés sur la TNT en 2012, mais on n’avait pas l’intégralité du territoire, qu’on a eu seulement en 2016. En plus, on n’est pas une chaîne généraliste, et au fur et à mesure ce travail de fond paye par rapport aux chaînes d’information qui font du sport, mais pas que. Tout cet appétit pour les débats, ça vient grâce à la grande popularité du football, ça vient aussi avec les résultats, il faut être modeste ou lucide sur le succès de l’émission. Les gens vient nous voir sur un gros coup d’actualité, sur les débriefs. Si l’Equipe de France s’était faite sortir au premier tour de la Coupe du Monde cette année, l’émission aurait été moins suivie, par exemple. Quand Paris est sorti en huitième de finale de Ligue des Champions, oui on fait un gros score ce soir-là, mais après il y a les quarts de finale, les demies. Plus les clubs français vont loin en Coupes d’Europe, mieux c’est pour nous en terme d’audience et de succès. On est liés à leur succès. Et les buts marqués dans les dernières minutes font monter l’audience, j’ai remarqué. On est également bien programmés par rapport à notre clientèle, parce que plus tu avances dans la soirée, plus la consommation de télévision est individuelle et propre à un téléspectateur masculin, et c’est notre cible. La deuxième partie de l’émission correspond au moment où notre cible est à l’écoute et en demande.

Les nouveaux horaires de la Ligue des Champions, avec les matchs plus tard à 21h, sont-ils un handicap pour l’émission ?

Non, on se colle à l’évènement, il y avait déjà régulièrement des matchs de l’Equipe de France à 21h. Un quart d’heure, ça change rien, on fait une demi heure de plus s’il y a des clubs français.

Quel est votre bilan de la Coupe du Monde de football 2018 ?

J’étais plutôt inquiet, le mot est peut-être un peu fort, des matchs des Bleus programmés l’après-midi. Le jour de ces matchs, on faisait 2 « Equipe du Soir », une première émission à la fin du match, pour 1 heure, 1h30, en fin d’après-midi, puis en deuxième partie de soirée, où on revenait sur le match. En terme d’audience, je me demandais si ça n’allait pas cannibaliser l’émission du soir. Ensuite, pour ne pas refaire la même émission, on avait une astuce : on changeait le casting. Et comme je n’avais pas le temps de réfléchir aux questions pour les chroniqueurs de la deuxième émission, un assistant se chargeait de les appeler pour avoir leurs impressions, et ça nous permettait ainsi de s’ajuster sur les attaques de débat, pour obtenir quelque chose d’un peu différent et décalé, même si on part d’un fait, qui est le score du match. Là où j’ai été surpris, c’est qu’on faisait de très bons scores d’audience à la fin des matchs, mais le soir également.

Vous avez lancé la Nations League en septembre, avec toujours L’Equipe du Soir en deuxième partie de soirée, et surtout avec toutes les images de la compétition à disposition. Est-ce que ça change la physionomie de l’émission ?

Ça change un peu, et il va falloir s’adapter. Avant, on avait pas ou peu d’images, on était dans le cadre du droit à l’information. Avec tout cette nouvelle boîte à outils, il ne faut pas que ça devienne un torrent d’images. Si les gens viennent voir le programme, c’est quand même pour voir du débat. Nos stars, ce ne sont pas les images, ce sont nos chroniqueurs. Et il y a peut-être un danger de devenir le « Canal Football Club », qui est une émission propre, avec ses codes. Il ne faut pas basculer dans le tout en image, parce qu’il faut les passer. L’effort à faire, c’est de se servir abondamment de cette boîte à outils, mais qu’elle devienne un élément du débat. Il y a quelque chose de très fin à trouver dans l’éditorialisation des images. Ce sont des choses sur lesquelles on réfléchit et on travaille. C’est toujours l’édito qui commande le débat, on ne doit pas devenir un programme promotionnel, et ne pas perdre le rythme de l’émission.

Est-ce que c’est frustrant de devoir clore l’émission à minuit les soirs des matchs de l’Equipe de France pour laisser placer à la rediffusion du match, plutôt que de continuer les débats ?

Ça ne change pas plus, on me donne un temps et je le respecte. En général, à minuit, c’est la rediffusion de l’émission, et je trouve que revoir le match c’est très bien, ça fait partie des changements et il ne faut pas que ça ronronne, du moment qu’on me donne du temps pour pouvoir s’exprimer. C’est de l stratégie de programme, et c’est normal de mettre en valeur les droits acquis par la chaîne.

Le nouveau décor prévu en octobre va apporter des changements pour l’émission ?

Il est encore en construction, c’est encore quelque chose d’abstrait, il va être très beau, il y aura beaucoup d’écrans. On a des idées, mais je sais par expérience qu’il faut d’abord lancer quelque chose de propre, sobre et fiable, puis au fur et à mesure voir la potentialité du plateau pour essayer des choses. Comme on rentre dans un nouveau décor, dans une nouvelle lumière, il y aura déjà quelque chose de très marqué. Il y a des choses qui vont changer, des choses que j’ai envie d’avoir, et comme c’est une émission quotidienne, il y a toujours quelque chose à inventer. La bascule doit avoir lieu fin octobre.

Vous avez animé la 2000ème émission en janvier 2018. Vous ne vous lassez pas ?

On a lancé l’émission en 2008, et en 2012 on a eu un premier basculement, avec le déménagement dans les locaux de L’Equipe et avec l’arrivée sur la TNT. C’était presque un nouveau programme, avec une nouvelle exposition et de nouveaux enjeux, et donc une nouvelle dynamique. Les patrons de l’époque m’ont un peu forcé la main pour me rajouter 30 minutes et plus de chroniqueurs, je n’étais pas d’accord, mais après coup je me suis rendu compte qu’ils avaient raison. Ça faisait évoluer le programme, ça proposait quelque chose, et je me suis rendu compte que je n’étais pas la meilleure personne pour faire évoluer le programme. C’était une bonne leçon pour moi, d’être plus à l’écoute des regards extérieurs. On début de la chaîne, on était plutôt dans le low-cost, ce n’était pas difficile de lancer des idées, il fallait juste les avoir, on te donnait la liberté parce qu’il n’y avait pas assez de monde. On faisait beaucoup de choses, et ça correspondait bien à ma personnalité. J’ai toujours de l’influence sur l’émission, mais elle s’est un peu diluée. J’en suis conscient, mais ce n’est pas grave, je suis au service du programme, je ne suis pas le programme.

Vous portez L’Equipe du Soir depuis son lancement. Est ce que c’est difficile de laisser votre fauteuil à d’autres personnes pendant vos absences ?

Quand je suis en vacances, et que je regarde l’émission, j’ai cette expression « j’ai l’impression que j’assiste à quelqu’un qui couche avec ma femme dans mon lit. » Ce n’est pas contre la personne, je suis lié affectivement à ce programme. Ça me paraît bizarre de voir quelqu’un qui est là, c’est une partie de ma vie professionnelle. Je me suis découvert à travers ce programme, avant je présentais un journal où tu es extrêmement corseté, où tu ne peux pas exprimer ta nature. Ça m’a permis d’avoir une base, un cadre, un socle de présentateur. Tout ce travail préparatoire pendant 10 ans m’a permis d’être plus confiant quand je passe à la télévision, je n’ai pas de stress quand j’arrive sur le plateau, je suis juste concentré. En plus, j’ai toujours ds chroniqueurs qui ont des choses intéressantes à dire.

Quel est votre meilleur souvenir de sport à la télévision depuis que vous avez lancé l’Equipe du Soir ?

C’est un souvenir cruel, c’est la soirée de la remontada (Barcelone/PSG en quart de finale retour de Ligue des Champions en 2017). Lorsqu’on regarde le match avec mon équipe, on prépare les thèmes, qui sont liés au résultat final. Ce soir-là, à 5-1, on a préparé des thèmes assez critiques envers le PSG, mais ils se sont qualifiés. Je me dirige vers le plateau, qui est à 20 mètres, on va prendre l’antenne dès le coup de sifflet final, et là j’entends la voix de Paul Le Guen faire « Noooooon ! » Et on passe à 6-1, où Paris est éliminé, ce qui change vraiment les choses. Les 6 débats préparés, tu les prends et tu les balances, et tu prends l’antenne dans 30 secondes. Et pendant le générique de début nous vient ce mot, « inqualifiable », qui était vraiment l’humeur du plateau. À partir de cette première question, on a fait avec Matthieu Maes, mon chef d’édition, la conférence de rédaction pendant l’émission, via mon oreillette, tout en animant l’émission. C’était inouï. Et après avoir revu cette émission, ça va, c’était bien (rires).

L’Equipe du Soir, du lundi au vendredi à partir de 22h30 sur la chaîne L’Equipe.

A propos de Nicolas Chambaud

Spécialiste médias et sport, passionné par l'actualité internationale, le numérique et les enjeux des nouveaux modes de diffusion et de consommation du sport

2 commentaires

  1. Roustan c’est plus possible ! Il radote, monopolise la parole, coupe celles des autres chroniqueurs. Je finis par couper le son dés qu’il intervient…

  2. Bravo à Menard et son équipe pour leur longévité et leur adaptation. L’EDS est une émission agréable à regarder. Problème : ça parle 100% Foot et 70% PSG. Au revoir Lecanu et Maylin qui apportaient également leur plus-value au programme.

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