lundi , 10 décembre 2018

Grégoire Margotton (TF1) : « La volonté, c’est qu’aucune émission ne ressemble à la précédente »

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Grégoire Margotton a rejoint le groupe TF1 en mai 2016, après 20 ans passés chez Canal+. Commentateur des matchs de l’Equipe de France, il a également commenté du handball pour le groupe, et vient de passer aux commandes de Téléfoot cette saison. Rencontre avec la voix du football de TF1.

Vous animez Téléfoot depuis début septembre, une émission qui a fêté ses 40 ans l’an dernier. Ça fait quoi de reprendre les rênes d’une émission mythique ?

La réponse est dans la question (rires). Ça fait forcément un peu bizarre, j’ai 48 ans, j’ai vu naître Téléfoot, et c’était un évènement à sa création. Aujourd’hui, il y a beaucoup de football à la télévision, j’espère que ça reste un rendez-vous et un évènement. A part le direct d’un grand match, il n’y a plus beaucoup d’évènements en football. Que ça reste un rendez-vous important pour les jeunes et les moins jeunes, c’est tout le travail que je vais faire avec cette équipe pendant les mois qui viennent.

Comment définir Téléfoot ?

C’est une émission qui s’est adaptée avec le temps à l’évolution du marché du football à la télévision. Téléfoot reste un point de repère important pour les gens, c’est là où vous venez chercher de l’émotion, de l’information, et j’espère dans le futur de la bonne humeur et de la détente. C’est là où vous venez chercher tout ce qu’il ne faut pas louper en foot dans la semaine qui vient de passer. Et c’est l’avantage d’être le dimanche matin, parce qu’on est en réaction un peu plus tôt que d’autres, et c’est la-dessus qu’il faut qu’on s’appuie.

La nouvelle formule laisse plus de place à l’interview de l’invité, avec une vraie séquence. C’est une volonté de développer cette partie ?

La volonté, c’est qu’aucune émission ne ressemble à la précédente (rires). La volonté c’est de plus parler de foot, c’est de sortir de Paris et Marseille quand on parle de la Ligue 1. Paris est un des plus grands clubs français, avec Marseille, Lyon et Monaco, on en parlera forcément, ce sont eux qui font l’actualité la plupart du temps, mais on parlera aussi des autres clubs. La volonté c’est de faire de l’information, d’être les premiers à avoir des interviews, mais aussi de beaucoup plus parler de foot, c’est ce que veulent François Pellissier, le patron des sports, et Jérôme Saporito, le producteur. Ce qu’on ne voyait pas par le passé : de l’analyse de foot, des images pour parler tactique et technique, et évolution du football. On verra ça de plus en plus, et on veut surprendre les gens avec des évolutions et des nouveautés chaque weekend. Il y aura un invité, il n’y aura parfois pas d’invité, il y aura des fois une longue interview ou pas d’interview. On parlera souvent des Bleus, parce que c’est notre ADN à TF1, parce qu’ils sont champions du monde, et ce n’est pas rien, parce qu’en 2019 il y aura une Coupe du Monde féminine, qu’on va évoquer petit à petit dans Téléfoot. C’est compliqué de faire une émission en 40 minutes, on doit faire des choix à chaque fois, on a beaucoup de matière mais on ne peut pas tout mettre.

Quel est votre bilan des 2 premières émissions ?

Peut mieux faire (rires). La première était différente parce que c’était une émission en extérieur, on a essayé de faire rentrer 2 litres dans 1 litre, et c’était compliqué. On a dû trapper (enlever NDLR) beaucoup de choses pendant l’émission, on voulait donner la priorité à Didier Deschamps. La deuxième émission était la première sur le nouveau plateau, on va y apporter chaque weekend quelque chose de nouveau. Notre premier bilan, c’est que notre petit groupe fonctionne bien, dans la bonne humeur, et ce qu’on voulait atteindre le plus vite possible. L‘émission va évoluer, et celle du mois de juin sera bien différente de celle du mois de septembre.

Vous voulez apporter votre style à Téléfoot ?

Je ne sais pas si j’ai un style. Et j’espère qu’on changera collectivement, ce n’est pas que moi. J’apporte mon envie et mon amour du foot, j’apporte un peu ma connaissance du foot, que d’autres ont aussi, Bixente Lizarazu le premier J’ai beau avoir 48 ans et un petit parcours derrière moi, j’ai très envie de faire Téléfoot, j’ai très envie d’arriver le lundi en disant « on fait quoi cette semaine ? On fait quoi dans 2 semaines ? Qu’est-ce qu’on peut imaginer dans 3 mois ? » J’ai envie de vivre la vie d’une rédaction, et Téléfoot me permet de vivre ça.

Ça vous manquait d’animer des émissions en plateau ?

Pas du tout ! C’est quelque chose que j’aime bien faire, ce n’est pas l’exercice que j’ai le plus pratiqué dans ma vie professionnelle, ce n’est pas celui que je maîtrise le mieux, mais c’est celui qui me donne l’impression que je peux le plus progresser, et c’est agréable à 48 ans. C’est pour ça que je suis très content de le faire. Comme disent les sportifs, j’ai une belle marge de progression. Mais c’est quelque chose qui ne m’a jamais manqué. Par contre, ne pas passer du temps dans un stade de foot, ou dans un lieu de sport, ça me manquerait très vite. Ça me manquera peut-être d’animer une émission, si je dois arrêter Téléfoot dans un an, on verra (rires).

Vous êtes également commentateur pour le groupe TF1. Vous auriez pu abandonner ce rôle pour ne faire que Téléfoot ?

Jamais ! Et je ne suis pas sûr qu’on me l’aurait proposé. On m’a proposé de venir dans le groupe au départ pour être commentateur, il n’était pas question que je fasse Téléfoot quand je suis arrivé, et dans nos discussions je ne l’ai jamais demandé. Si on me demande d’arrêter de commenter, je ferai autre chose, j’irai peut-être commenter ailleurs. Je ne crois pas que TF1 soit encore saoulé par mon rythme aux commentaires.

C’est quoi le style Margotton aux commentaires ?

Je n’en ai aucune idée, je serais même incapable de vous dire quel est le style Thierry Roland, Thierry Gilardi ou Denis Balbir. Je sais raconter une histoire, c’est peut-être un timbre de voix un peu différent, c’est que j’aime bien le sport, tout simplement, je respecte les sportifs en général, et il est possible que ça s’entende quand je commente.

Avec le nouveau cycle de droits, vous allez partager les matchs des Bleus avec M6, et vous commenterez moins de matchs de l’Equipe de France. C’est frustrant pour vous ?

Ce n’est pas de mon ressort ni de ma décision. Si j’avais 22 ans, et que je venais d’arriver, je me dirai « mince, déjà ça en moins ». Mais j’ai 48 ans, j’ai eu toutes les chances du monde aux commentaires, et je suis très heureux de commenter Angleterre/Espagne ou Allemagne/Pays Bas sur TMC à la place d’un match de l’Equipe de France. Parce que c’est aussi du sport de très haut niveau, c’est aussi des voyages, des stades que j’aime, des atmosphères, c’est le même travail, et en volume j’aurai autant de matchs. Quand je suis arrivé à TF1, je ne savais pas que 6 mois plus tard je commenterais un Championnat du Monde de handball. Je n’avais jamais commenté de handball, et je l’ai fait pour TF1, et les Français ont été champions du monde à Bercy, avec 9 millions de personnes devant leur télévision. Ce sont des choses qui tombent de la hotte du Père Noël, et ce n’était pas prévu.

Allez-vous commenter l’Euro féminin de handball en décembre ?

Oui, j’aurai la chance de commenter l’Euro féminin de handball que vous retrouverez sur les antennes du groupe TF1. Après avoir été championnes du monde, je pense que les filles vont être pas mal.

Vous commenterez aussi le Mondial de football féminin en juin prochain ?

Il n’y a rien qui est décidé, mais bien sûr que j’espère ! Parce que ça va être quelque chose d’extraordinaire, quand on voit ce qu’il s’est passé avec les garçons cet été, il y a tellement de filles qui sont venues s’inscrire au foot dans la foulée de cette Coupe du Monde, on ne raisonne plus en foot féminin ou foot masculin. J’aimerais que les filles aient la possibilité de faire une performance.

Vous avez réalisé un documentaire, « 98 Secrets d’une victoire », sur la Coupe du Monde 1998 et diffusé début juin sur TF1. Vous avez prévu une suite sur la victoire à l’Euro 2000 ?

Non, il n’y a pas de suite prévue, je pense qu’un Euro c’est bien différent d’une Coupe du Monde. L’Euro n’a pas mis les gens dans la rue par centaine de milliers sur les Champs Elysées, il n’y a rien de comparable. Alors que si on me dit de faire la même chose sur la génération 2018 dans quelques années, ce sera avec plaisir. Mais il faudra attendre des années avant que les garçons soient libérés de leurs contraintes de communication, de leur carrière, de leur club, de ce qu’ils peuvent dire ou ne pas dire. Ça me plairait de raconter à nouveau avec eux et leurs témoignages l’épopée russe, pourquoi pas.

La radio vous intéresse toujours ?

Si je n’avais pas accepté Téléfoot, peut-être que j’aurais fait en sorte de me rendre disponible pour une collaboration radio. Pour l’instant c’est compliqué, c’est du temps que je n’ai pas. Dans l’immédiat, non, dans un futur proche, pourquoi pas.

Vous avez vécu un Mondial de rêve cette année. Quel est votre meilleur souvenir ?

C’est plein de choses, j’aime les voyages, j’aime les stades, découvrir une ville, le souvenir il est global. Mais le meilleur moment, c’est la frappe de Pavard, évidemment. Il n’y a pas d’équivalent, c’est le moment où la Coupe du Monde bascule, et c’est totalement improbable. Une ouverture entre 2 joueurs de Blaise Matuidi, un centre de Lucas Hernandez et une reprise de Pavard. A l’entraînement il l’aurait travaillé 97 fois, il l’aurait loupé 97 fois. Et là, contre l’Argentine, menés 2-1, il le réussit. Il se passe quelque chose qui nous sort de la réalité, qui a très peu d’équivalent au niveau de l’émotion, en puissance et en communion. C’est tellement fort que c’est difficile à commenter parce qu’on a envie de faire comme tout le monde, juste de sauter en l’air, de tendre le bras et de crier. Mais il faut trouver les mots.

Et vous dites cette phrase mythique : « second poteau Pavard ! »

Il faut croire que plus c’est simple, plus c’est efficace (rires). C’est comme le geste du footballeur, il met un pied en opposition, il essaye un peu de se coucher et de mettre de l’équilibre, et ça part. J’ai dit « second poteau Pavard », j’aurais pu dire « la reprise du joueur de Stuttgart »  mais ça aurait été moins bien (rires).

Téléfoot, chaque dimanche en direct à 11h sur TF1.

A propos de Nicolas Chambaud

Spécialiste médias et sport, passionné par l'actualité internationale, le numérique et les enjeux des nouveaux modes de diffusion et de consommation du sport

Un commentaire

  1. y a plus Denis Brognard ni Christian Jean Pierre ? je vais peut etre regarder alors 😀

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