lundi , 29 juillet 2019

À quoi joue beIN SPORTS ?

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C’est l’info média du moment : CANAL+ conserve l’exclusivité du Top 14 de rugby pour les 4 prochaines saisons contre un montant de 74 millions d’euros annuels. Depuis cette annonce, beaucoup de spécialistes remettent en question la stratégie de beIN SPORTS.

Dès le lendemain de l’attribution du Top 14 à CANAL+, l’établissement financier Natixis à publié une note à propos du modèle économique du groupe qatari en France. Et son constat est alarmant : il prévoit un déficit opérationnel de 2,2 milliards d’euros d’ici 2020. Selon l’étude, la stratégie agressive sur les droits sportifs depuis 2012 combinée au coût d’abonnement mensuel très faible et à un coût de grille qui explose, rendrait une éventuelle rentabilité impossible.

Natixis estime le coût de grille 2014 à 387M€ et prévoit une montant de 450M€ en 2017 avec l’entrée des nouveaux droits de Ligue 1. Estimé actuellement à 2,5 millions  d’abonnés, beIN SPORTS aurait dorénavant besoin de 6 millions d’abonnés pour atteindre le point d’équilibre, impossible en France selon Natixis.

Des chiffres qui sont toutefois à nuancer : en effet , même si l’on a pas de doute sur le déficit de beIN SPORTS, cela reste une étude d’un établissement financier, 10èmes actionnaire de Vivendi, qui se base sur des estimations afin d’obtenir une tendance. Des chiffres qu’il ne faut donc pas prendre au pied de la lettre, la chaîne qatarie ne communicant aucun chiffre officiel et elle n’est pas soumise à la publications de ses résultats.

Une stratégie encore floue…

Tous les spécialistes avançaient la nécessité pour beIN SPORTS d’acquérir au moins une partie du Top14 afin de se développer. Et les batailles qu’à mené la chaîne afin de concourir à l’appel d’offres ne laissaient pas de doute sur son besoin de Top14. Pour franchir un cap d’abonnement, le championnat était quasiment vital pour beIN SPORTS. Les récentes études évoquaient un gain entre 500 000 et 2 millions d’abonnés supplémentaires, une opportunité qu’il ne fallait donc pas rater…

Mais contre toute attente, c’est la chaîne cryptée qui a renouvelé les droits pour les quatre prochaines saisons contre « seulement » 3 millions d’euros de plus que le prix de réserve. La bataille tant attendue n’a finalement pas eu lieu, et beIN SPORTS aurait même décidé de ne pas surenchérir selon certains médias. La chaîne qatarie ne visait visiblement pas l’exclusivité avec une offre en deçà du prix de réserve et portait uniquement sur quelques lots. Facile donc pour Canal+ qui sécurise les deux principaux championnats vecteurs d’abonnements, les 3 meilleures affiches de Ligue 1 jusqu’en 2020 et le Top14 jusqu’en 2019.

Difficile donc de comprendre la stratégie de beIN SPORTS qui se prive du meilleur championnat au monde de rugby. Plusieurs pistes sont évoquées : La première serait les audiences décevantes des Coupes d’Europe de Rugby dont beIN SPORTS a acquis les droits pour 4 ans en septembre dernier. Une autre estime que beIN SPORTS est quelque peu rancunier vis à vis de la LNR suite à la précédente attribution. Ne livrant pas bataille sur les droits du TOP14, elle n’aurait même pas candidater aux droits de ProD2 selon les dernières informations. Mais ce ne sont pas les seuls droits dont elle se passe dernièrement lorsque les négociations ne se déroulent pas comme attendu.

Dernièrement, la chaîne n’a pas hésité à rompre les négociations pour les droits de la Coupe du Monde avec TF1, cette dernière refusant de céder l’intégralité des matchs. Une aubaine pour Canal+ qui réussit un coup double dans le rugby en récupérant les droits de 31 matchs dont 27 en exclusivité.

De plus, l’acquisition de la Copa Libertadores et des éliminatoires à l’Euro 2016 et à la Coupe du Monde 2018 au Moyen-Orient par le groupe concurrent Abu Dhabi Sports, et après le refus de l’UEFA de refaire un nouveau tour de table, a fait renoncer beIN à l’achat des droits des compétitions pour le territoire français. Ce qui à profité à MCS pour la Copa Libertadores et à CANAL+ pour les éliminatoires malgré des offres au départ bien inférieur à beIN SPORTS.

Attaqué sur ses propres terres, beIN SPORTS est contraint de revoir sa stratégie. A l’avenir, le groupe Abu Dhabi Sports pourrait jouer un rôle important dans les prochains appels d’offres, et il faudra surveiller avec attention les attributions des droits au Moyen-Orient qui donneront une tendance sur les acquisitions de beIN SPORTS France. Ainsi, les impasses du groupe qatari pourrait permettre à ses adversaires en France (Eurosport, CANAL+, MCS, l’Equipe 21,…) d’acquérir certains droits sans surenchères. L’année 2015 sera le théâtre de nombreuses batailles dont le Rugby n’était que le premier acte. Affaire à suivre …

A propos de Nicolas Messant

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Passionné par le sport et les médias

9 commentaires

  1. Avatar

    C’est bien beau de se plaindre des audiences des coupes d’europe de rugby, mais est-ce qu’a un moment ils se sont remis en question ? je crois pas non. le dispositif est catastrophique comparé a Canal la saison derniere et c’est pareil pour tout les autres sports a part le foot et eventuellement le tennis… Toulon tenant du titre diffusé sur max 10 le w-e dernier, faut pas se plaindre des audiences après… bein doit ameliorer son dispositif editorial et valoriser au mieux les competitions dont elle dispose pour mieux reussir, c’est pas le tout d’avoir toute les competitions…

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    Article très intéressant, bravo!
    BeIn Sports est trop arrogant: c’est soit on achète toute une compétition soit on boude et on ne fait pas d’offre.
    C’est un business plan intenable: à 12€/mois, la chaîne ne sera jamais rentable, même avec de la F1 et la Premier League. Ce qui est plutôt bon signe pour le consommateur: si l’objectif n’est pas la rentabilité, les prix resteront toujours abordables.

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    Il va être intéressant de voir si beIN Sports va se positionner sur les droits sur rugby sudiste. Il faudrait que beIn Sports valorise un peu plus les droits existants (Championnat anglais et ligue Celtique), le magazine Rugby Pack en parle très peu par exemple, alors que les matchs sont souvent plus ouverts que ceux du Top14.

  4. Avatar

    Pour Canal+, ce sera certainement au delà de 3 millions, car le finale du Top 14 reste à vendre. Sur le fond, il faut voir qu’une partie des présidents du Top 14 voulait garder Canal+ et comme il était possible d’avoir une exclusivité, cela mettait du plomb dans l’aile pour beIn Sports.
    Le Hand et le foot voulaient de la concurrence et travailler avec beIN Sports. Coté Top 14, personne ne s’est manifesté publiquement.

    Ensuite, pour un droit Premium, beIn Sports doit chercher à le valoriser à l’international, et de ce coté faut quand même dire que le rugby à XV n’est pas porteur. Il doit auusi y avoir des arbitrages en interne.

    Enfin, est-ce que le gain de clients est si important que cela – rapporté bien sur au coût d’acquisition – ?

    On sera vraiment fixé sur l’attribution des droits de la Liga et de la Première League. Et pourquoi pas de la F1 ?

    • Mohamed

      Oui effectivement, l’article n’a pas tenu compte de la finale.
      Il faut dire que dés le début, beIN était un choix par défaut, le seul intérêt de la ligue était de mettre en concurrence C+ sans pour autant vouloir changer.
      Pour beIN, les retombées des Coupes d’Europe comparé aux dépenses ne doivent pas être extraordinaires,d’où j’imagine la réflexion sur le Top14, 73M€ + dépenses supplémentaires pour le dispositif, les équipes etc…ça grimpe vite, alors que pour Canal+ le seul effort sera sur le montant des droits.

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